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	<title>Le Jardin de Pierre</title>
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	<description>Feuilles d'un libraire-enseignant</description>
	<pubDate>Tue, 22 Nov 2016 05:50:33 +0000</pubDate>
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		<title>Sur François Meyer</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Nov 2014 09:34:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[François Jean Meyer est né le 4 juillet 1912 à Lausanne en Suisse et décédé le 21 février 2004. Il fut professeur de lettre et doyen à la faculté de lettre de l&#8217;université d&#8217;Aix-en-Provence. Il a influencé René Passet. Il s&#8217;est particulièrement intéressé à la notion d&#8217;évolution en s&#8217;inscrivant, comme Passet (au moins au départ) [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>François Jean Meyer est né le 4 juillet 1912 à Lausanne en Suisse et décédé le 21 février 2004. Il fut professeur de lettre et doyen à la faculté de lettre de l&#8217;université d&#8217;Aix-en-Provence. Il a influencé René Passet. Il s&#8217;est particulièrement intéressé à la notion d&#8217;évolution en s&#8217;inscrivant, comme Passet (au moins au départ) dans la perspective ouverte par Teilhard de Chardin d&#8217;une évolution complexifiante de la matière à la vie, puis à l&#8217;esprit. Il a travaillé notamment sur la notion de seuils que Passet explorera aussi dans son approche de l&#8217;économie de développement.</p>
<h4>Bibliographie:</h4>
<p>1947, <em>L&#8217;accélération évolutive: essai sur le rythme évolutif et son interprétation quantique</em>, Librairie des sciences et des arts, 67p (<a href="http://www.sudoc.fr/018443303" target="_blank">notice ici</a>).</p>
<p>1948, <em>La pensée de Bergson</em>, Bordas, 124p.</p>
<p>1952, &#8220;Un essai récent de bio-cosmologie&#8221;, Extrait des <em>Annales Universitatis Saraviensis</em>. Philosophie-Lettres. I. 1.</p>
<p>1954, <em>Problématique de l&#8217;évolution</em>, Université de Paris (thèse), 284p.</p>
<p>1954, <em>Problématique de l&#8217;évolution</em>, PUF, 284p.</p>
<p>1955, <em>L&#8217;ontologie de Miguel de Unamuno</em>, Université de Paris (thèse), 136p.</p>
<p>1955, <em>L&#8217;ontologie de Miguel de Unamuno</em>, PUF, 133p.</p>
<p>1956, <em>La pensée de Bergson</em>, Bordas (3ème édition).</p>
<p>1963, <em>Teilhard et les grandes dérives du monde vivant</em>, Éditions universitaires, 64p (<a href="http://www.sudoc.fr/023623926" target="_blank">notice ici</a>).</p>
<p>1964, <em>La pensée de Bergson</em>, Bordas (4ème édition), 124p.</p>
<p>1967, &#8220;Situation épistémologique de la biologie&#8221;, in Piaget (Jean) dir., <em>Logique et connaissance scientifique</em>, pp. 781-821, Gallimard, coll. Encyclopédie de la pléiade, n°22.</p>
<p>1971, <em>La pensée de Bergson</em>, Bordas (5ème édition).</p>
<p>1974, <em>La surchauffe de la croissance: essai sur la dynamique de l&#8217;évolution</em>, Fayard, 140p (<a href="http://www.sudoc.fr/000050334" target="_blank">notice ici</a>).</p>
<p>Collectif, 1983, <em>Hommage à François Meyer</em>, Publications de l&#8217;Université de Provence, 191p. (<a href="http://www.sudoc.fr/001000993" target="_blank">Notice ici</a>)</p>
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		<title>Ballades hivernales</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Jan 2011 09:34:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Partage du quotidien]]></category>

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		<description><![CDATA[Voici un petit montage de courtes ballades crépusculaires vécues entre décembre et janvier, sur une musique de Joe Hisaichi.
Ressourcement entre la nature omniprésente et ses excroissances humaines, lorsque l&#8217;activité extérieure ne s&#8217;est pas encore déployée ou bien se résorbe…
Lumières nocturnes, îlots de fragilité, où la vulnérabilité de notre présence au monde se le dispute à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Voici un petit montage de courtes ballades crépusculaires vécues entre décembre et janvier, sur une musique de Joe Hisaichi.</p>
<p style="text-align: left;">Ressourcement entre la nature omniprésente et ses excroissances humaines, lorsque l&#8217;activité extérieure ne s&#8217;est pas encore déployée ou bien se résorbe…</p>
<p style="text-align: left;">Lumières nocturnes, îlots de fragilité, où la vulnérabilité de notre présence au monde se le dispute à sa grâce…</p>
<p style="text-align: left;">Regard émerveillé d&#8217;enfance, toujours en quête de sens</p>
<p style="text-align: left;">Intimité partagée et pourtant incommunicable</p>
<p style="text-align: left;">Miroir d&#8217;un regard dans la multiplicité de ses formes, singulier et universel</p>
<p style="text-align: left;">Dire merci à la mélodie de ces présences qui dissolvent l&#8217;orgueil, qui rayonnent de potentialités…</p>
<p style="text-align: left;">Silence des mouvements et regards saturés d&#8217;espace</p>
<p style="text-align: center;"><object width="640" height="505" data="http://www.youtube.com/v/xQHthJCBOb8?fs=1&amp;hl=fr_FR&amp;color1=0x234900&amp;color2=0x4e9e00" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/xQHthJCBOb8?fs=1&amp;hl=fr_FR&amp;color1=0x234900&amp;color2=0x4e9e00" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
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		<title>Des atlas pour mieux comprendre le monde</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Jan 2011 21:03:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Librairie]]></category>

		<category><![CDATA[Nouveauté]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour toutes les personnes désireuses de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, la collection &#8220;Atlas&#8221; chez Autrement est une mine de représentations aussi précieuses que le sont les analyses développées par les spécialistes qui s&#8217;y consacrent. Pour ma part, j&#8217;apprécie beaucoup la complémentarité entre les textes synthétiques et les illustrations, cartes, graphiques et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Pour toutes les personnes désireuses de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, la collection &#8220;Atlas&#8221; chez Autrement est une mine de représentations aussi précieuses que le sont les analyses développées par les spécialistes qui s&#8217;y consacrent. Pour ma part, j&#8217;apprécie beaucoup la complémentarité entre les textes synthétiques et les illustrations, cartes, graphiques et cartogrammes qui parlent à l&#8217;intelligence analytique et visuelle de notre esprit. Pour mémoire, rappelons que la collection &#8220;Atlas&#8221; rassemblent des titres en histoire, en économie, en démographie, sur les guerres, en sociologie, etc…</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 251px"><img title="Atlas du monde réel" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/atlasmondereel.jpg" alt="Sans doute latlas le plus innovant visuellement paru ces dernières années" width="241" height="209" /><p class="wp-caption-text">Sans doute l&#39;atlas le plus innovant visuellement paru ces dernières années</p></div>
<p style="text-align: justify;">Si la qualité de cette collection ne fait aucun doute tant elle est utilisée aussi bien par des enseignants du supérieur et du secondaire, mais également, plus généralement par toute personne désireuse d&#8217;appréhender les sujets qu&#8217;elle traite, il arrive parfois que d&#8217;autres éditeurs produisent un atlas ayant des qualités similaires. On se souvient en particulier de l&#8217;incroyable <em>Atlas du monde réel</em> paru chez La Martinière qui cartographiait à l&#8217;aide de cartogrammes très parlants, tout un ensemble de données sociologiques et économiques sur des <a title="Cliquez ici pour le comprendre visuellement" href="http://www.worldmapper.org/display.php?selected=200" target="_blank">planisphères qui épousaient les proportions des statistiques en question</a> tout en conservant les formes des pays représentés.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 249px"><img title="Atlas des futurs du monde" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/atlasfutursmonde.jpg" alt="Une oeuvre visuellement intelligente et stimulante" width="239" height="211" /><p class="wp-caption-text">Une oeuvre visuellement intelligente et stimulante</p></div>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui c&#8217;est au tour de Robert Laffont de publier un atlas qui fera date. Sous la direction de Virginie Raisson, cet éditeur dont le fondateur nous a récemment quitté, publie l&#8217;<em>Atlas des futurs du monde</em>. Articulé en trois parties, cet Atlas propose d&#8217;appréhender à partir de nos modes de vie actuels, les scénarios qui se dessinent et pourraient émerger dans une vingtaine d&#8217;années. Issu de réflexions géographiques, géopolitiques, économiques, l&#8217;atlas analyse d&#8217;abord la manière dont les populations du globe se comportent et se répartissent à travers la démographie, les flux migratoires et les processus d&#8217;urbanisation, puis il s&#8217;interroge sur les modes de production de l&#8217;alimentation et la surpopulation, avant de s&#8217;intéresser à la mutation de civilisation que l&#8217;humanité commence à connaître en interrogeant nos comportements de consommation d&#8217;énergie, les signes d&#8217;épuisement qu&#8217;ils engendrent et enfin les changements climatiques qui se profilent.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque page correspond à l&#8217;étude d&#8217;un point particulier, avec en page de gauche une représentation qui illustre le thème en question, un texte de synthèse de quelques lignes qui introduit le lecteur, et en page de droite une analyse synthétique. Des encadrés font des focus sur des points particuliers sur lesquels les auteurs souhaitent attirer l&#8217;attention. Enfin, la page de droite est encadrée par une bibliographie qui souligne les sources utilisées et qui permet au lecteur d&#8217;approfondir le thème si le cœur lui en dit. Le plus frappant est l&#8217;intelligence visuelle que les auteurs ont introduit dans cet atlas. Le lecteur devient un peu cartographe, un peu géographe, les auteurs l&#8217;invitent à aiguiser son intelligence visuelle en lui proposant des innovations constantes dans les représentations utilisées. On est ici très loin des sempiternelles cartes que l&#8217;on nous présentait en cours de géographie ou d&#8217;économie. Très attractives, ces représentations demandent pour être bien comprises, d&#8217;apprendre à les lire même si elles ont très souvent un puissant pouvoir évocateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc un livre intelligent mais préoccupant qui nous invite à comprendre le monde d&#8217;aujourd&#8217;hui et de demain, un livre qui nous invite à choisir intelligemment nos modes de vie et nos préférences politiques en connaissance de cause sur les enjeux à venir.</p>
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		<title>Carte blanche à Pierre Carles au Toboggan de Décines</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Dec 2010 16:32:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>

		<category><![CDATA[Lectures de l'événement]]></category>

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		<description><![CDATA[Pierre Carles était présent samedi 27 novembre au Toboggan pour la projection de son dernier documentaire critique sur la télévision, intitulé Fin de concession (2010). Ce film forme avec Pas vu, pas pris (1998) et Enfin pris (2002), une trilogie sur les accointances entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique de la télévision. Dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Pierre Carles était présent samedi 27 novembre au Toboggan pour la projection de son dernier documentaire critique sur la télévision, intitulé <em>Fin de concession</em> (2010). Ce film forme avec <em>Pas vu, pas pris</em> (1998) et <em>Enfin pris</em> (2002), une trilogie sur les accointances entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique de la télévision. Dans <em>Fin de concession</em>, Pierre Carles part d&#8217;un questionnement très pertinent à propos du renouvellement automatique de la concession de TF1 à Bouygues en 1997, alors que Philippe Léotard, ministre de la culture à l&#8217;époque de la privatisation de la chaîne, avait souligné son intention de faire que la concession de la chaîne ne soit pas renouvelée automatiquement, mais soit remise sur le marché de la concurrence, comme une &#8220;épée de Damoclès&#8221; (l&#8217;expression est de lui) pour obliger le propriétaire temporaire de TF1 à une forme d&#8217;excellence.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans doute, ce qui pousse Pierre Carles à soulever cette question aujourd&#8217;hui, question que l&#8217;ensemble des journalistes d&#8217;investigation ont omis d&#8217;aborder, c&#8217;est bien évidemment le constat de la détérioration de la qualité des programmes diffusés par la première chaîne. Et Pierre Carles rappelle, au travers d&#8217;image d&#8217;archives passionnantes, comment Bernard Tapie a &#8220;coaché&#8221; les partenaires de Bouygues à l&#8217;époque. Le n°1 du bâtiment était en concurrence sur ce dossier avec Hachette. On y voit par exemple une représentante du journal &#8220;Marie-Claire&#8221; apprendre le texte qu&#8217;elle récitera au CNCL pour les convaincre de la supériorité de leur dossier sur celui d&#8217;Hachette. Bernard Tapie orchestre la manière dont chaque intervenant devra se comporter, quelles intonations il devra prendre, tout ça sous le regard attentif de Francis Bouygues. Toute cette partie du documentaire est passionnante. Pierre Carles montre avec beaucoup de savoir-faire, la façon dont Bouygues a mesuré l&#8217;exceptionnelle opportunité qui se présentait à lui, et comment il s&#8217;est donné les moyens de la saisir.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, on mesure aussi avec le recul, que le groupe industriel était prêt à tout promettre pour obtenir cette concession et à n&#8217;importe quel prix, parce que, comme l&#8217;a affirmé Francis Bouygues lui-même, c&#8217;est une occasion qui ne se présente pas deux fois. Et il avait raison… Aujourd&#8217;hui on mesure néanmoins le fossé (c&#8217;est un euphémisme) qui s&#8217;est creusé entre le cahier des charges auquel Bouygues s&#8217;était engagé à répondre, et la programmation de la chaîne. Pierre Carles rappelle la fameuse phrase de Patrick Le Lay sur l&#8217;approche business du métier de TF1 qui consiste à vendre aux annonceurs publicitaires du &#8220;temps de cerveau humain disponible&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Toute cette partie est passionnante et amusante à la fois. Pierre Carles se montre un journaliste d&#8217;investigation libre, pertinent et impertinent, il travaille sérieusement pour obtenir des réponses aux questions qu&#8217;il se pose, sans pour autant se prendre au sérieux. Il est également surprenant de voir qu&#8217;il suscite la sympathie de nombreux confrères très attachés à leur métier d&#8217;investigation, même si ceux-ci se méfient des démarches qu&#8217;il adopte, comme Elise Lucet par exemple. Et c&#8217;est sur ce point où l&#8217;enquête m&#8217;a finalement le moins convaincu. Redouté par la plupart des journalistes et des hommes de pouvoir bien installés dans leur profession, Pierre Carles peine à obtenir les rendez-vous qu&#8217;il souhaite. Bernard Tapie, Jacques Chancel ou Audrey Pulvar repoussent toutes ses tentatives d&#8217;approche. Et pour cause, Audrey Pulvar, compagne d&#8217;Arnaud Montebourg, filmé et piégé durant le film, tout en ayant apparemment de la sympathie pour la démarche de Pierre Carles et sans doute aussi une certaine admiration pour ses documentaires d&#8217;investigation précédents, se méfie de l&#8217;image qu&#8217;elle pourrait lui offrir et de ce qu&#8217;il en fera. Du coup le documentaire perd de sa pertinence parce que ces refus successifs n&#8217;accréditent pas forcément la thèse d&#8217;un amalgame entre pouvoir et journalisme, mais plutôt le reflet de volontés personnelles:</p>
<ul>
<li>soit de réussir sa carrière ou au moins de ne pas l&#8217;infléchir dans un discrédit (Audrey Pulvar),</li>
<li>soit de passer une retraite tranquille (Jacques Chancel),</li>
<li>soit qu&#8217;on lui foute la paix parce que les procès il en a eu suffisamment (Bernard Tapie).</li>
</ul>
<p>Ici j&#8217;ai regretté que Pierre Carles ne lorgne pas plus du côté des travaux de <a title="Entretien des Pinçon-Charlot avec Télérama" href="http://www.telerama.fr/radio/entretien-ces-pincon-qui-font-trembler-l-elysee,60295.php" target="_blank">Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot</a>, d&#8217;autant que ces deux sociologues travaillent eux-aussi dans le sillage de Pierre Bourdieu, sociologue si proche de Pierre Carles.</p>
<p style="text-align: justify;">Pierre Carles démystifie le pouvoir qu&#8217;elle qu&#8217;en soit les colorations. Il montre par exemple des images d&#8217;archives où l&#8217;on voit Jacques Chirac reprocher à François Mitterrand, sous le regard inquiet de Michèle Cotta, d&#8217;avoir nommé des hommes  et des femmes à tous les postes clés des médias français. Finalement, la dérive actuelle dans les médias français n&#8217;est que la continuation d&#8217;une longue histoire. La nouveauté nous disent les Pinçon-Charlot, provient du fait qu&#8217;aujourd&#8217;hui cette collusion s&#8217;affiche beaucoup plus ouvertement. Du coup, comme l&#8217;affiche de <em>Fin de concession</em> le montre, c&#8217;est plutôt les médias, et ici en l&#8217;occurrence TF1, qui regardent le petit Pierre Carles se débattre dans son enquête sans véritablement qu&#8217;il puisse nous livrer les clés de cette collusion.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 204px"><img title="Affiche de Fin de concession" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/affichefindeconcession.jpg" alt="Une affiche à limage du film" width="194" height="259" /><p class="wp-caption-text">Une affiche à l&#39;image du film</p></div>
<p style="text-align: justify;">Malgré cette frustration dû à l&#8217;affaiblissement du questionnement si pertinent de Pierre Carles, affaiblissement dû sans doute aux options d&#8217;investigation qu&#8217;il a choisi, j&#8217;ai été très sensible tant à l&#8217;authenticité du documentaire, qu&#8217;à son esthétique. Pierre Carles se livre tout au long de cette enquête à de multiples autocritiques. Il livre aussi certains sentiments qui l&#8217;animent lorsqu&#8217;il avoue par exemple que son souhait consiste parfois à humilier certains protagonistes (ce qui n&#8217;est pas très glorieux, ni très pertinent), où lorsque sur le ton de la confession, il nous fait partager avec humour sa sensibilité aux charmes d&#8217;Elise Lucet ou Michèle Cotta. Où bien encore, lorsqu&#8217;il réalise une fausse interview de Jean-Marie Cavada, à la façon de PPDA, dans laquelle il dit une partie de ce que lui inspire le parcours du présentateur de <em>La marche du siècle</em>. Quant à l&#8217;esthétique du film, elle est très réussi parce qu&#8217;elle participe au sentiment de proximité que Pierre Carles m&#8217;a fait éprouvé: gros plan sur les mains, conversations au téléphone, etc… Pierre Carles invite en quelque sorte le spectateur dans son documentaire, et se faisant l&#8217;invite à poursuivre l&#8217;investigation.</p>
<p style="text-align: justify;">Il avoue qu&#8217;il a tourné ce documentaire, non pas pour éduquer le spectateur, mais pour le bousculer et même parfois pour l&#8217;énerver. Quelqu&#8217;en soient les défauts, il est important de remercier ceux qui nous réveillent, même si, nous n&#8217;en partageons pas toujours les méthodes. Au final, on se sent plus lucide, et le film de Pierre Carles nous offre une qualité rare: le discernement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 661px"><img class=" " title="Affiche du film pour le Toboggan" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/findeconcession.jpg" alt="Pierre Carles en pleine confrontation" width="651" height="472" /><p class="wp-caption-text">Pierre Carles en pleine confrontation</p></div>
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		</item>
		<item>
		<title>Abenobashi: la rue commerçante magique d&#8217;Abeno</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Jul 2010 06:17:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>

		<category><![CDATA[Partage du quotidien]]></category>

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		<description><![CDATA[Scabreux, outrancier, visuellement éclectique, telles sont les premières impressions qui m&#8217;assaillent après le spectacle d&#8217;Abenobashi. Cette série de 5h30, produite par les studios Gainax, rassemble en 13 épisodes les aventures d&#8217;Arumi et de Sasshi, deux adolescents qui ont grandi dans le même quartier commerçant appelé Abeno, au sud d&#8217;Osaka. C&#8217;est le début de l&#8217;été et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Scabreux, outrancier, visuellement éclectique, telles sont les premières impressions qui m&#8217;assaillent après le spectacle d&#8217;<em>Abenobashi</em>. Cette série de 5h30, produite par les studios Gainax, rassemble en 13 épisodes les aventures d&#8217;Arumi et de Sasshi, deux adolescents qui ont grandi dans le même quartier commerçant appelé Abeno, au sud d&#8217;Osaka. C&#8217;est le début de l&#8217;été et le quartier si prospère il y a encore quelques années, se vide petit à petit de tous ses commerces. Sasshi vit très mal cette désertification. Et le coup de grâce lui est donné lorsqu&#8217;Arumi l&#8217;informe que son père a décidé de vendre son restaurant et qu&#8217;elle déménagera pour la rentrée. A partir de ce préambule où se mêlent nostalgie et promesses d&#8217;avenir, l&#8217;histoire va connaître une bifurcation importante puisque Arumi et Sasshi découvrent que le quartier est encadré aux quatre points cardinaux par des divinités tutélaires qui ont, semble-t-il, assurées au quartier sa santé et sa prospérité passées. Le jour où accidentellement, le grand-père d&#8217;Arumi, en délogeant un chat, brise la statue de l&#8217;une des quatre divinités et fait une chute potentiellement mortelle, Arumi et Sasshi se retrouvent entraînés dans des univers parallèles qui correspondent tous à des versions différentes du quartier d&#8217;Abeno.</p>
<p style="text-align: center;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 630px"><img class="   " title="Arumi" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/Arumi.jpg" alt="Arumi essaie de remonter le moral de Sasshi suite à lanonce de son déménagement" width="620" height="346" /><p class="wp-caption-text">Arumi essaie de remonter le moral de Sasshi suite à l&#39;annonce de son déménagement</p></div>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 628px"><img class="   " title="Sasshi" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/Sasshi.jpg" alt="Sasshi dépité par lannonce du déménagement dArumi" width="618" height="345" /><p class="wp-caption-text">Sasshi dépité par l&#39;annonce du déménagement d&#39;Arumi</p></div>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1134"></span>Cette série m&#8217;a tour à tour amusé, irrité, surpris, charmé, intrigué. Elle déborde d&#8217;énergie, et ne se prend pas au sérieux. Pour l&#8217;apprécier, il m&#8217;a fallu plongé dans cette partie adolescente de mon esprit. Cette période où l&#8217;enfance s&#8217;efface pour laisser place à une vie adulte encore embryonnaire. On s&#8217;y sent vigoureux mais sans assurance, jamais la versatilité des sentiments n&#8217;a été aussi forte. Certaines intuitions sublimes heurtent d&#8217;autres instincts qu&#8217;on ignorait quelques mois avant. Comme la plupart de l&#8217;immense production d&#8217;animations japonaises, cette série se situe dans cette tranche d&#8217;âge. Arumi et Sasshi ont 12 ou 13 ans, et leurs préoccupations s&#8217;inscrivent dans cette adolescence naissante. Arumi est très heureuse de changer de quartier et de découvrir le monde. Elle souhaite devenir une belle jeune femme, elle est partagée entre une maturité déjà bien assumée et des rêveries très pré-pubères du genre: &#8220;aurai-je une belle poitrine plus tard?&#8221;. Contrairement à Sasshi, elle a les pieds sur terre. Sasshi est très attaché à Arumi, ses sentiments se transforment et il en prend conscience, même s&#8217;il manifeste pas mal de maladresses pour l&#8217;exprimer.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;histoire est souvent scabreuse. Elle n&#8217;hésite pas à mettre en scène les fantasmes des adolescents (et des autres). On ne compte pas les scènes où Mune, l&#8217;un des personnages récurrents des mondes parallèles d&#8217;<em>Abenobashi</em>, écrase la tête de Sasshi entre ses seins, ni les yeux exorbités qu&#8217;il exhibe à chaque fois qu&#8217;il la croise. Une bonne partie de l&#8217;intrigue du troisième épisode tourne autour de la petite culotte qu&#8217;Arumi s&#8217;est faite dérober par un petit diable alors qu&#8217;elle urinait derrière des buissons. Le scénario n&#8217;hésite pas à jouer l&#8217;outrance dans ce registre, comme si la démesure du ridicule finissait par susciter l&#8217;hilarité. Du coup le graphisme suit les mêmes méandres… On oscille entre des graphismes d&#8217;une grande élégance, rehaussés par une palette de couleurs franches mais très agréables, à des caricatures très en vogue dans le manga où les sentiments et les émotions sont tellement soulignées graphiquement qu&#8217;on a l&#8217;impression que les artistes nous prennent vraiment pour des &#8220;neuneus&#8221;. Dans ce registre un peu agaçant, ce qui sauve la série est son évident second degré. Les auteurs nous plongent dans la surenchère et le ridicule, peut-être parce qu&#8217;à force de pousser ça va bien rentrer. Peut-être aussi parce qu&#8217;ils ont simplement décidé de libérer sans vergogne leurs pulsions créatives.</p>
<p style="text-align: center;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 655px"><img class="   " title="Les personnages dAbenobashi" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/abenobashi2.jpg" alt="Derrière Arumi et Sasshi, la pléiade de personnages qui traversent la série" width="645" height="484" /><p class="wp-caption-text">Derrière Arumi et Sasshi, la pléiade de personnages qui traverse la série</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le résultat est donc un étalage très contrasté du très bon et du moins inspiré que l&#8217;on peut rencontrer dans l&#8217;animation japonaise. Une bonne partie de l&#8217;originalité du scénario réside dans l&#8217;exploration graphique à laquelle les auteurs se livrent. Ils visitent tour à tour l&#8217;heroic-fantasy façon jeu de rôle, le space-opera genre <em>Goldorak</em>, le film hong-kongais d&#8217;arts martiaux, les mondes préhistoriques comme <em>Jurassik park</em>, le genre polar noir américain des années 50, les années lycée telles que le manga peut habituellement les exploiter, le genre conte de fées et même le film de guerre. Ces mondes parallèles sont reliés entre eux par une intrigue qui lie les personnages, notamment les personnages n&#8217;apparaissant que dans ces mondes imaginaires. Cette intrigue revisite les thèmes ésotériques du taoïsme, mais façon grand guignol. Le but n&#8217;est manifestement pas d&#8217;éveiller le spectateur à la tradition taoïste, mais plutôt d&#8217;utiliser un arrière-plan culturel qui sert de trame à l&#8217;histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette série brille par ses multiples bifurcations et son énergie créative. On a l&#8217;impression que les scénaristes n&#8217;hésitent pas à injecter dans l&#8217;histoire tous les clichés du manga, et s&#8217;amusent d&#8217;autant plus à les dévoyer qu&#8217;ils les ont parfaitement assimilé. Le personnage de Mune en cristallise un grand nombre comme par exemple lorsqu&#8217;elle apparaît en Tarzan avec un cri complètement pourri, mais elle parvient malgré tout à sauver Arumi et Sasshi de la mauvaise passe dans laquelle ils étaient enfermés. Parfois elle apparaît en magicienne démoniaque prêt à les trucider. Mais toujours ses attributs féminins sont mis en avant et soulignés par les émotions qu&#8217;ils suscitent chez Sasshi. Aki-Nee est un autre personnage burlesque, un travesti au visage très masculin, aux jambes poilus exhibant pourtant une poitrine généreuse. Il/elle apparaît toujours en décalage par rapport à la situation provoquant le rire ou au moins le sourire. Sayaka, la soeur aînée d&#8217;Arumi, représente souvent la rivalité qui existe dans une fratrie. Elle est tour à tour autoritaire au point d&#8217;en devenir un véritable dictateur, ou capricieuse et infantile.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><img title="Mune" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/Mune.jpg" alt="Mune, ici en Jane à la recherche de son Tarzan" width="400" height="225" /><p class="wp-caption-text">Mune, ici en Jane à la recherche de son Tarzan</p></div>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;intégralité d&#8217;<em>Abenobashi</em> évoque un univers onirique parce que la logique du récit échappe aux catégories diurnes. Les logiques de narration s&#8217;entrechoquent comme cela se produit parfois dans les rêves. On pense être embarqué dans une intrigue avec une histoire qui suit une certaine logique narrative, et soudainement voilà la situation qui se transforme complètement en laissant émerger tout un ensemble de nouvelles relations que l&#8217;on n&#8217;imaginait pas l&#8217;instant d&#8217;avant. Du coup, le spectacle demande de l&#8217;attention pour suivre l&#8217;histoire dans tous ses méandres. C&#8217;est la force de la série mais aussi ce qui peut lasser si le spectateur n&#8217;adhère pas aux situations comiques qui se succèdent frénétiquement, avec des ficelles burlesques souvent répétitives.</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière cet étalage éclectique et électrique, on voit pourtant poindre aussi des évocations plus nuancées de la vie d&#8217;autrefois. Cela commence par le générique de fin, qui tranche avec celui du début très dynamique et futuriste. La chanson du générique final présente un ensemble de photos anciennes du quartier Abeno, où les scènes de la vie quotidienne sont présentées comme autant de petits bonheurs fugitifs, où les gens vivent en communauté et partagent leurs émotions. Mais surtout la série proposent des flash-backs qui donnent un liant à l&#8217;histoire. On découvre que les familles d&#8217;Arumi et de Sasshi sont plus proches que ce qu&#8217;on imaginait au départ. Entre Sasshi et Arumi se jouent des histoires qui ont déjà d&#8217;une certaine manière existé autrefois entre d&#8217;autres membres des deux familles. Ici le scénario se révèle plus délicat même si j&#8217;ai regretté quelques raccourcis rapides et une happy end &#8220;un peu tirée par les cheveux&#8221;.</p>
<p style="text-align: center;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 629px"><img class="   " title="Quartier dAbeno" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/photoabeno1.jpg" alt="Une première vue du quartier dAbeno autrefois" width="619" height="347" /><p class="wp-caption-text">Une première vue du quartier d&#39;Abeno autrefois</p></div>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 630px"><img class="    " title="Quartier dAbeno" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/photoabeno2.jpg" alt="Une seconde vue du quartier dabeno" width="620" height="347" /><p class="wp-caption-text">Une seconde vue du quartier d&#39;Abeno</p></div>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 629px"><img class="   " title="Quartier dAbeno" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/photoabeno3.jpg" alt="Une troisième vue du quartier dAbeno" width="619" height="347" /><p class="wp-caption-text">Une troisième vue du quartier d&#39;Abeno</p></div>
<p style="text-align: justify;">Malgré ses outrances et quelques facilités, le fait qu&#8217;<em>Abenobashi</em> se ballade allègrement dans un grand nombre d&#8217;univers, en explorant graphiquement et &#8220;scénaristiquement&#8221; une bonne partie des potentialités de l&#8217;animation japonaise, lui donne une qualité indéniable: déjà parce que la série supporte plusieurs visionnages, ce qui est rare, ensuite parce qu&#8217;elle propose véritablement une introduction à la culture de l&#8217;animation japonaise. Cette richesse étalée et brouillonne lui donne un style unique. <em>Abenobashi</em> se révèle comme une rareté, et sans doute est-ce aussi dans ses imperfections que l&#8217;on découvre son charme.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><img title="Arumi et Sasshi dans le pintacle magique" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/abenobashi0av7.jpg" alt="Arumi et Sasshi dans le pintacle magique" width="500" height="451" /><p class="wp-caption-text">Arumi et Sasshi dans le pintacle magique</p></div>
]]></content:encoded>
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		<title>Demain, les dauphins…</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jun 2010 19:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Livre de fond]]></category>

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		<description><![CDATA[La vie a continué à évoluer au cours des huit prochains millénaires. La nature prenant conscience d&#8217;elle-même, n&#8217;a plus uniquement placé le fleuron de cette conscience dans l&#8217;humain, mais également dans d&#8217;autres formes de vie. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce qu&#8217;elle avait toujours fait, mais l&#8217;homme, orgueilleux, est le plus souvent passé à coté de ces autres [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La vie a continué à évoluer au cours des huit prochains millénaires. La nature prenant conscience d&#8217;elle-même, n&#8217;a plus uniquement placé le fleuron de cette conscience dans l&#8217;humain, mais également dans d&#8217;autres formes de vie. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce qu&#8217;elle avait toujours fait, mais l&#8217;homme, orgueilleux, est le plus souvent passé à coté de ces autres formes de vie intelligentes qui témoignaient pourtant à l&#8217;ensemble de la biosphère de précieuses expériences de vie. La nouveauté venait du fait que les prochains millénaires allaient révéler à l&#8217;homme ces autres formes de vie, avec lesquelles il se sentirait parfois en concurrence.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><img title="Demain les dauphins" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/FragmentsDeLencyclopedieDeDauphins.jpg" alt="Un album magnifique, une vision poétique des possibles" width="400" height="512" /><p class="wp-caption-text">Un album magnifique, une vision poétique des possibles</p></div>
<p style="text-align: justify;">Tel pourrait être le préambule de la très belle bande-dessinée de Miguelanxo Prado, intitulée <em>Fragments de l&#8217;encyclopédie des dauphins</em>, publiée en français en 1988 sous le titre <em>Demain les dauphins</em>.<span id="more-1128"></span> L&#8217;auteur espagnol nous raconte une partie de l&#8217;histoire des 8000 prochaines années en nous offrant une BD d&#8217;une grande beauté formelle, rehaussé d&#8217;un scénario très intelligent qui laisse un bel espace à l&#8217;imaginaire de son lecteur. Ici la poésie règne en maître. En 12 histoires, notre avenir nous est conté. Les éclairages que Prado nous donne oscille entre la politique, la spiritualité, la sociologie, l&#8217;écologie, entre l&#8217;histoire commune et l&#8217;histoire personnelle de chaque protagoniste. Chaque histoire nous fait entrer en quelques pages dans l&#8217;intimité des personnages, dans leur expérience. Prado s&#8217;évertue à nous immerger dans le quotidien de l&#8217;homme à différentes époques, avec au début de chaque histoire, un résumé de la situation dans laquelle se trouve l&#8217;humanité au moment de la narration.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi <em>Demain les dauphins</em> ? Parce que dans 8000 ans, les dauphins deviennent les animaux dont la conscience est de loin la plus large de tous les vivants qui peuplent encore la terre. Sans déflorer la progression des douze histoires, disons qu&#8217;ils deviennent les dépositaires du savoir de l&#8217;humanité par l&#8217;intermédiaire d&#8217;un émissaire très proche de notre famille biologique. Et ces <em>Fragments de l&#8217;encyclopédie des dauphins</em> permettent de maintenir une vivante mémoire des événements qui concernent l&#8217;humanité et les vivants qui y sont associés.</p>
<p style="text-align: justify;">Prado témoigne d&#8217;une imagination et d&#8217;une clairvoyance stupéfiante. Il alterne entre les réflexions scientifiques (1ère histoire &#8220;Sensations&#8221;), politiques (6ème histoire &#8220;Prenez pitié de nous&#8221;), religieuses (8ème histoire &#8220;De sang divin&#8221;), spirituelles (2ème histoire &#8220;Bienvenue&#8221;, 10ème histoire &#8220;Point de départ&#8221;), écologiques (11ème histoire &#8220;Adieu&#8221;). Certaines histoires ont des liens directes entre elles, même à plusieurs siècles d&#8217;intervalle, comme si d&#8217;une certaine manière elles illustraient la notion de karma (3ème histoire &#8220;Sables&#8221;, 4ème histoire &#8220;La voie royale&#8221;), d&#8217;autres explorent le potentiel d&#8217;intelligence qui se libère lors de la mutation des espèces (5ème histoire &#8220;Telmos&#8221;) ou au contraire peut régresser (9ème histoire &#8220;Je (barré)&#8221;). D&#8217;une manière générale, bien que l&#8217;intelligence de l&#8217;homme soit régulièrement défaillante, il me semble que Prado conclue cette oeuvre sur une ouverture en signe de confiance (11ème histoire &#8220;Adieu&#8221;, 12ème histoire &#8220;Mythes… pour servir d&#8217;épilogue&#8221;), comme s&#8217;il nous murmurait à travers toutes ces histoires que malgré nos limitations, malgré nos errements et nos erreurs, nous autres humains étions tous porteurs du potentiel de nous dépasser, et même de laisser l&#8217;évolution oeuvrer à notre propre dépassement, acceptant notre obsolescence tout en nous laissant guider par les autres formes d&#8217;intelligences que nous côtoyons.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre fiction et prospective, Prado se paie le luxe d&#8217;imaginer (à l&#8217;instar de nos catégories historiques qui quadrillent notre passé en préhistoire, antiquité, moyen-âge, renaissance etc…) les grandes époques futures. Et chaque époque est présentée par des caractéristiques historiques dans lesquelles Prado spécifie les grandes découvertes scientifiques, les types de régimes politiques en vigueur, les croyances dominantes, les sauts évolutifs majeurs, les profils sociologiques des groupes humains etc… Voici les époques dans lesquelles se situe chaque histoire:</p>
<ul>
<li>Ere atomique entre 1945 et 2100:</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">1ère histoire &#8220;Sensations&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">2ème histoire &#8220;Bienvenue&#8221;</p>
<ul>
<li>Ere solaire entre 2100 et 3000:</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">3ème histoire &#8220;Sables&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">4ème histoire &#8220;La voie royale&#8221;</p>
<ul>
<li>Ere cosmique (époque paléocosmique ou galactique 3000 à 7000):</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">5ème histoire &#8220;Telmos&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">7ème histoire &#8220;Huile&#8221;</p>
<ul>
<li>Ere stellaire (époque paléocosmique ou galactique 3000 à 7000):</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">6ème histoire &#8220;Prenez pitié de nous&#8221;</p>
<ul>
<li>Ere cosmique (époque mésocosmique 7000 à 8000):</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">8ème histoire &#8220;De sang divin&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;">9ème histoire &#8220;Je (barré)&#8221;</p>
<ul>
<li>Ere cosmique (époque mésocosmique 8000 à 10000):</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">10ème histoire &#8220;Point de départ&#8221;</p>
<ul>
<li>Ere des dauphins à partir de 10000:</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">11ème histoire &#8220;Adieu&#8221;</p>
<ul>
<li>Ere nouvelle à partir de 10348:</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">12ème histoire &#8220;Mythes… pour servir d&#8217;épilogue&#8221;</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Demain les dauphins</em> est une oeuvre magnifique, aujourd&#8217;hui malheureusement épuisée, qui ravirait tous les rêveurs éveillés, ceux qui sentent l&#8217;invisible et tutoient le ciel.</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>Foisonnements printaniers</title>
		<link>http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/index.php/2010/05/09/foisonnements-printaniers/</link>
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		<pubDate>Sun, 09 May 2010 13:35:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Cours Religions et civilisations]]></category>

		<category><![CDATA[Partage du quotidien]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis plusieurs semaines, mon jardin est laissé en jachère. Si le jardinier s&#8217;en est absenté, c&#8217;est pour cultiver un autre jardin plus intime, où la végétation est encore en gestation. Parfois le site, ce &#8220;jardin public&#8221;, en montre des reflets, parfois ce n&#8217;est pas possible tout simplement parce que je ne saurais pas en communiquer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Depuis plusieurs semaines, mon jardin est laissé en jachère. Si le jardinier s&#8217;en est absenté, c&#8217;est pour cultiver un autre jardin plus intime, où la végétation est encore en gestation. Parfois le site, ce &#8220;jardin public&#8221;, en montre des reflets, parfois ce n&#8217;est pas possible tout simplement parce que je ne saurais pas en communiquer le contenu sans en déflorer l&#8217;essence. Ce jardin intime ressemble alors davantage à l&#8217;effervescence vitale qui anime le sous-bois d&#8217;une forêt primordiale, qu&#8217;au jardin stylisé, oeuvre d&#8217;un jardinier aguerrit. Plusieurs projets m&#8217;animent quotidiennement depuis de nombreux mois.<span id="more-1123"></span></p>
<h4 style="text-align: justify;">I/ Des projets en gestation</h4>
<p style="text-align: justify;">Le premier, le plus ancien, gravite autour de la figure de René Passet. Depuis plusieurs années, son oeuvre économique m&#8217;inspire et donne du sens à cette discipline tellement méconnue et décriée. Incomprise, prisonnière des préjugés, rares sont les économistes ayant droit à la scène médiatique qui ont su lui donner des lettres de noblesse. Passet en fait parti, même si aujourd&#8217;hui, il est retombé dans l&#8217;ombre pour un large public. Grâce à lui j&#8217;ai rencontré d&#8217;autres figures qui développent une vision très intelligente de cette discipline et de son rôle dans l&#8217;ensemble des savoirs humains. Si la biographie que j&#8217;ai consacré à René Passet est aujourd&#8217;hui achevée dans ses grandes lignes, il me reste encore à travailler pour l&#8217;insérer dans la tradition intellectuelle à laquelle René Passet appartient. Cette appartenance n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas unilatérale, il en existe plusieurs dont j&#8217;éprouve aujourd&#8217;hui de la difficulté à en donner une vision claire. Il y a les appartenances qui se découvrent rapidement lorsqu&#8217;on s&#8217;intéresse à lui comme la parenté avec les réflexions de Jacques Ellul, celles de François Perroux ou le brassage intellectuel qu&#8217;ont mis en oeuvre les diverses personnalités du &#8220;Groupe des Dix&#8221;. D&#8217;autres appartenances se révèlent de manière beaucoup plus diffuse comme l&#8217;oeuvre de Pierre-Louis Reynaud, ou celle d&#8217;Henri Bartoli par exemple. Bartoli avec qui Passet nourrissait une grande amitié. Enfin il y a les appartenances qu&#8217;il inspire… Elles sont légions parce que la fréquentation des travaux de Passet ne cesse de féconder mon imaginaire. Bien qu&#8217;il s&#8217;en défende parce qu&#8217;il a émis à leur encontre des critiques communes aux milieux universitaires francophones, il existe à mon sens une parenté évidente entre son oeuvre et les réflexions de la &#8220;deep ecology&#8221;. Cette appartenance s&#8217;articule autour de la profonde intégration que Passet révèle entre le fonctionnement de la biosphère telle qu&#8217;il apparaît dans les observations des systémiciens, et le fonctionnement de la complexité économique telle qu&#8217;elle se manifeste lorsque l&#8217;on accepte de ne point se laisser enfermer dans la conceptualisation trop étroite et close sur elle-même que les économistes produisent habituellement. Mais, il existe aussi une divergence au niveau des implications éthiques que fait émerger cette compréhension. Alors que les penseurs de la &#8220;deep ecology&#8221; cherchent les voies d&#8217;un &#8220;lâcher-prise&#8221; permettant à la nature d&#8217;épanouir ce qu&#8217;ils appellent &#8220;wilderness&#8221;, un caractère sauvage, indompté, libre de la gestion &#8220;rationnelle&#8221; des humains, Passet demeure assez proche d&#8217;un anthropocentrisme dont il se réclame d&#8217;ailleurs ouvertement. Il est normal pour lui que l&#8217;homme voit la nature au travers du prisme de sa propre inscription dans le monde. Son point de vue pourrait soulever cette question: n&#8217;est-ce point déraper vers un orgueil démesuré que de prétendre adopter un point de vue capable d&#8217;embrasser toutes les formes de vie? A mon sens, il s&#8217;agit d&#8217;un orgueil si ce point de vue vise à s&#8217;imposer comme le seul qu&#8217;il soit sain d&#8217;adopter, en revanche s&#8217;il ne convertit que celui qui en est le porteur, intimement pénétré de l&#8217;interdépendance générale qui unit, au sein de son expérience, toute manifestation, alors cette attitude révèle au contraire une profonde humilité, déprise de toute prétention, libre de toute velléité prosélyte. L&#8217;autre appartenance à laquelle René Passet n&#8217;a pas énormément consacré de pages, mais dont je pense qu&#8217;il s&#8217;est abondamment nourri, est l&#8217;ensemble des réflexions épistémologiques sur les aspects systémiques (ou complexes) des sciences en général et de l&#8217;économie en particulier. Il ne s&#8217;en cache pas, mais contrairement à Edgar Morin ou à Henri Bartoli, René Passet n&#8217;a pas produit véritablement une oeuvre philosophique, il a spontanément écrit avec cette sensibilité à la complexité, mettant en pratique les réflexions théoriques d&#8217;autres penseurs. Pour l&#8217;instant, mon travail sur l&#8217;oeuvre de Passet me demande encore de mûrir certaines réflexions pour que je puisse en proposer une lecture qui, tout en étant fidèle à l&#8217;intention de son auteur, me soit personnelle, témoignant ainsi d&#8217;une certaine clairvoyance, d&#8217;un certain discernement, dont je lui suis redevable. Passet propose en effet de redéfinir les problèmes que rencontre l&#8217;humanité, en les graduant sur une échelle d&#8217;importance qui permet de porter son regard sur l&#8217;urgence et de trouver des solutions pérennes pour nos enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;autre projet sur lequel je travaille avec d&#8217;avantage d&#8217;inspiration actuellement, est la rédaction du cours de &#8220;Religions et civilisations&#8221;. A la rentrée 2010, cela fera la troisième année consécutive que l&#8217;Itech m&#8217;offrira la possibilité de partager avec les étudiants des réflexions sur le sens que les religions, et notre engagement au coeur de leurs enseignements, peut donner à nos vies. Jusqu&#8217;à maintenant, mes cours s&#8217;organisaient autour de diaporamas, de notes éparses et de documentaires qui illustraient mes propos. Cette année, il m&#8217;est apparu qu&#8217;il serait beaucoup plus riche de travailler à l&#8217;élaboration d&#8217;un contenu dont les étudiants puissent disposer à leur convenance. Le &#8220;Jardin de Pierre&#8221; avait déjà cette vocation, mais il n&#8217;y était pas entièrement dédié. Cela en voilait parfois l&#8217;accès. Ce travail de rédaction m&#8217;est d&#8217;abord apparu nécessaire alors que je lisais des textes magnifiques qui d&#8217;évidence émergeaient de l&#8217;expérience inspirée de leurs auteurs. J&#8217;ai souvent eu envie d&#8217;en partager la saveur avec les étudiants. En omettant d&#8217;en prendre note immédiatement, je laissais alors au temps la possibilité d&#8217;en effacer les traces, et de laisser l&#8217;oubli en soustraire la lecture aux étudiants. Il en était de même de tout un ensemble de réflexions qui parfois émergeaient puis s&#8217;évanouissaient comme les rêves au matin, si je ne prenais pas soin d&#8217;en noter le contenu lorsqu&#8217;il se présentait spontanément à mon esprit. Aujourd&#8217;hui la rédaction du cours s&#8217;élabore lentement sans que je sache encore vraiment où elle me mène. Cette incertitude, loin d&#8217;être pesante, est au contraire assez gratifiante parce qu&#8217;elle diffuse dans l&#8217;élaboration de ce cours, un sentiment de liberté que j&#8217;ai rarement éprouvé dans ce genre d&#8217;exercice.</p>
<h4 style="text-align: justify;">2/ Une rencontre longuement attendue</h4>
<p style="text-align: justify;">Mais ce long préambule m&#8217;éloigne de mon propos initial. Je souhaitais aujourd&#8217;hui enrichir le contenu du &#8220;Jardin&#8221; d&#8217;une rencontre. J&#8217;ai souvent écrit que l&#8217;achat des livres d&#8217;occasion était une activité gratifiante parce qu&#8217;elle est le lieu de rencontres fortuites qui peuvent se révéler essentielles. Mais ces rencontres ne sont pas toujours placées sous le signe d&#8217;un apparent hasard. Certaines sont de longue date attendues. Tel est le cas du livre d&#8217;Elisabeth de Fontenay, <em>Le silence des bêtes. La philosophie à l&#8217;épreuve de l&#8217;animalité</em> paru chez Fayard en 1998.</p>
<p style="text-align: center;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 319px"><img class=" " title="Le silence des bêtes dElisabeth de Fontenay" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/silencebetes.gif" alt="Un livre dense, dune profonde intelligence, exigeant son lecteur" width="309" height="475" /><p class="wp-caption-text">Un livre dense, d&#39;une profonde intelligence, exigeant pour son lecteur.</p></div>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai longuement attendu qu&#8217;une personne me le transmette par l&#8217;intermédiaire du Service Achat Occasion. Je savais que Mme de Fontenay avait produit avec ce livre une réflexion profonde que beaucoup considèrent comme une référence incontournable en la matière. J&#8217;ai toujours ressenti beaucoup de frustrations en lisant les réflexions que mes semblables consacrent aux animaux. Tout se passe comme si cette réflexion était tronquée: soit on considère dans le sillage de Descartes que les animaux sont des machines, ou bien des vivants dont l&#8217;instinct ressemble aux programmes qui régissent le fonctionnement d&#8217;un ordinateur, soit on s&#8217;intéresse à leur sensibilité et rapidement les réflexions dérives vers un &#8220;nivellement éthique&#8221; de toutes les formes de vie. Très rapidement, celui qui s&#8217;intéresse à son appartenance au monde des vivants, à sa famille humaine, puis à ses parents plus éloignés comme les singes, puis les mammifères jusqu&#8217;aux formes les plus éloignés de notre identité actuelle, se trouve emprisonné dans ces deux alternatives, aussi aliénantes l&#8217;une que l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">En réalité, il existe de passionnants travaux qui y échappent: je pense notamment aux travaux du biologiste Jacob von Uexküll dont l&#8217;oeuvre allemande n&#8217;a malheureusement pas été traduite en français, hormis <em>Mondes animaux et mondes humains</em> et sa <em>Théorie de la signification</em>. Tout l&#8217;intérêt des travaux de Uexküll réside dans le fait qu&#8217;il a une approche phénoménologique de la perception animale. Pour lui, l&#8217;animal est un sujet connaissant avec ses propres capacités perceptives et cognitives. Il est malheureusement ignoré d&#8217;un large public et, à ma connaissance, aucune étude en langue française ne lui est consacrée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><img title="Mondes animaux, mondes humains de Jacob von Uexküll" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/mondesanimaux.jpg" alt="La phénoménologie appliquée à léthologie" width="400" height="679" /><p class="wp-caption-text">La phénoménologie appliquée à l&#39;éthologie</p></div>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;autre travail très intéressant porte sur les chimpanzés, il est dû à Roger Fouts et Stephen Tukel Mills qui relatent leurs travaux dans un livre intitulé: <em>L&#8217;école des chimpanzés</em> paru aux éditions J&#8217;ai lu. Dans ce livre, les auteurs expliquent que non seulement les chimpanzés sont capables d&#8217;apprendre quelques gestes essentiels du langage des signes utilisés par les malentendants, mais qu&#8217;ils sont également capables de les associer pour produire des phrases signifiantes, et même de les transmettre à leurs enfants. Edgar Morin fait référence à ces travaux dès les années 70.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 308px"><img title="Lécole des chimpanzés de Roger Fouts et Stephen Tukel Mills" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/ecolechimpanzes.jpg" alt="Un témoignage riche denseignement sur la continuité entre les aptitudes des chimpanzés et des humains" width="298" height="475" /><p class="wp-caption-text">Un témoignage riche d&#39;enseignement sur la continuité entre les aptitudes des chimpanzés et des humains</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le livre d&#8217;Elisabeth de Fontenay ne se place pas dans les points de vue des biologistes ou des éthologues, elle questionne les philosophes. Et force est de constater qu&#8217;en la matière, la plupart des philosophes qu&#8217;on a coutume de placer sur un piédestal, comme s&#8217;ils étaient des phares incontournables pour celui qui veut penser de manière juste, se révèle bien pauvre, complètement myope dans la vision qu&#8217;ils proposent des animaux. Ce que constate Mme de Fontenay, c&#8217;est qu&#8217;avec l&#8217;avènement du christianisme en occident, les penseurs n&#8217;ont eu de cesse de tenter de &#8220;verrouiller le propre de l&#8217;homme&#8221;. Comme si cette division au sein du vivant était la seule voie saine. Peut-être pourrait-on penser qu&#8217;on a déjà tant de mal à s&#8217;entendre entre nous, entre membres d&#8217;une même famille, entre conjoints, entre frères et soeurs, entre membres d&#8217;un même village, d&#8217;une même ville, d&#8217;un même pays et aujourd&#8217;hui entre membres de la communauté humaine toute entière, tant de difficultés donc… qu&#8217;il serait bien vain de prétendre encore élargir nos liens de parenté à la famille de tous les vivants! Pourtant, Elisabeth de Fontenay, à la suite de Michelet et d&#8217;autres penseurs occidentaux minoritaires, n&#8217;hésite pas à montrer toute l&#8217;ignorance que révèle une telle compréhension. Notre rapport aux animaux conditionne notre rapport à l&#8217;humanité, notamment l&#8217;humanité que l&#8217;on considère comme tout autre, l&#8217;humanité des infirmes, des malades mentaux, de la vieillesse et de tout son corollaire de décrépitudes. Courageusement, elle explique que trois soucis l&#8217;ont accompagné tout au long de la rédaction de cette oeuvre monumentale (800 pages composées de petits caractères):</p>
<ul>
<li>&#8220;une particulière tendresse pour les animaux, cela va de soi&#8221;.</li>
</ul>
<ul>
<li>&#8220;la mémoire de la destruction, par millions, d&#8217;hommes, de femmes et d&#8217;enfants. Et, par dessus tout, une réelle impuissance à définir un quelconque propre de l&#8217;homme.&#8221; C&#8217;est pour Mme de Fontenay, &#8220;l&#8217;une des seules évidences qu&#8217;autorise notre époque dans son épuisante équivocité&#8221;.</li>
</ul>
<ul>
<li>enfin, elle confie à son lecteur qu&#8217;il &#8220;peut arriver à quelqu&#8217;un, témoin et partie prenante d&#8217;une maladie de l&#8217;esprit qui a frappé son sang, de trouver un jour dans le vacillement même du malheur la bonne distance, celle qui lui permette d&#8217;accueillir la fatalité tombée sur un enfant des hommes, pour réfléchir désormais au destin donné en partage à ceux qu&#8217;on tient pour seulement vivants&#8221;.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Rappelons simplement qu&#8217;Elisabeth de Fontenay a vu une partie importante de sa famille périr dans les camps de concentration. Aussi peut-elle affirmer dès la première page de son livre qu&#8217;&#8221;aimer et respecter les animaux ne conduit pas à la misanthropie, au racisme ou à la barbarie&#8221;, de même qu&#8217;elle peut souligner que &#8220;les pratiques d&#8217;élevage et de mise à mort industrielles des bêtes peuvent rappeler les camps de concentration et même d&#8217;extermination&#8221;, ce qui n&#8217;enlève rien au caractère singulier de la destruction des Juifs durant la seconde guerre mondiale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre d&#8217;Elisabeth de Fontenay m&#8217;a été transmis par une dame qui souhaitait ardemment le lire lors de sa parution. Elle n&#8217;a pu le faire que partiellement, parce qu&#8217;il s&#8217;est révélé parfois d&#8217;une grande complexité. Elisabeth de Fontenay est philosophe de formation, bien qu&#8217;elle ne s&#8217;interdise pas d&#8217;écrire sur le ton de la confidence, elle use avec dextérité de la technicité du langage, et n&#8217;hésite pas à enrichir son propos de nombreuses notes de bas de page. Il s&#8217;agit d&#8217;une oeuvre qui s&#8217;est construite dans la durée. Elle a besoin d&#8217;être lue avec la même patience. Il s&#8217;en dégage une noblesse de réflexion qui m&#8217;émeut grandement, et qui donne aux autres engagements de Mme de Fontenay (mouvement &#8220;La Paix Maintenant&#8221;), un parfum de santé et d&#8217;authenticité indéniable.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, avant de clore cet article, je souhaitais également inviter les lecteurs à consulter un très beau livre, emprunt d&#8217;une grande poésie. Il s&#8217;agit d&#8217;une oeuvre écrite par Shabkar, un yogi errant, qui vécut au Tibet durant le XIXème siècle. Figure emblématique du mouvement Rimé, mouvement non-sectaire qui revivifia toutes les branches de l&#8217;enseignement du bouddha, et même de la tradition Bön, Shakbar a composé de nombreux ouvrages dont le zèle des traducteurs et pratiquants français nous permet aujourd&#8217;hui de bénéficier, tout au moins en partie. Padmakara a publié en 2005, <em>Les larmes du bodhisattva. Enseignements bouddhistes sur la consommation de chair animale</em> qui donne à toute cette question un éclairage traditionnel tout à fait passionnant, d&#8217;autant plus qu&#8217;il n&#8217;appartient pas à la sphère occidentale de l&#8217;humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 310px"><img title="Les larmes du bodhisattva de Shabkar" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/leslarmesdubodhisattva.jpg" alt="Un enseignement sur nos comportements en matière alimentaire" width="300" height="467" /><p class="wp-caption-text">Un enseignement sur nos comportements en matière alimentaire</p></div>
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		<title>A propos d&#8217;Odile, de Choron et de Sylvia</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Mar 2010 07:38:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Lectures de l'événement]]></category>

		<category><![CDATA[Partage du quotidien]]></category>

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		<description><![CDATA[Odile la rieuse est partie en 1985. Avec les fous-rires qu&#8217;elle a suscité, il était difficile de s&#8217;imaginer la voir partir si jeune. J&#8217;ai évoqué son livre, Moi Odile, la femme à Choron,  dans un précédent article, livre aujourd&#8217;hui oublié ayant pourtant suscité plusieurs commentaires, soit de ma famille ou d&#8217;amis, soit de journalistes qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Odile la rieuse est partie en 1985. Avec les fous-rires qu&#8217;elle a suscité, il était difficile de s&#8217;imaginer la voir partir si jeune. J&#8217;ai évoqué son livre, <em>Moi Odile, la femme à Choron</em>,  dans un <a href="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/index.php/2009/08/01/odile-la-femme-a-choron-la-mere-a-michele/">précédent article</a>, livre aujourd&#8217;hui oublié ayant pourtant suscité plusieurs commentaires, soit de ma famille ou d&#8217;amis, soit de journalistes qui préparaient un hommage à Michèle Bernier. Je viens de voir que cet hommage sera diffusé le 10 avril prochain dans l&#8217;émission &#8220;L&#8217;aventure inattendue&#8221; présentée par Patrick Sabatier.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 695px"><img title="Michèle Bernier à 8 ans" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/michelebernierenfant.jpg" alt="Michèle Bernier, enfant" width="685" height="398" /><p class="wp-caption-text">Michèle Bernier, enfant</p></div>
<p style="text-align: justify;">Et puis Sylvia, la seconde compagne du professeur Choron, m&#8217;a écrit un commentaire pour exprimer une partie de la souffrance qui l&#8217;envahit depuis la disparition de son amour en janvier 2005. Aujourd&#8217;hui, alors que beaucoup de personnes se réclament de l&#8217;influence du professeur Choron, le rôle de Sylvia demeure ignoré. Elle a pourtant vécu 20 ans avec lui, en l&#8217;accompagnant dans sa tentative de poursuivre l&#8217;aventure du colportage de journaux libres et indépendants, affichant la dérision et la provocation. Mais les temps ont changé depuis les années 60 et 70. Sans doute est-il plus dur au cours des années 90 de faire vivre un journal comme <em>La Mouise</em> alors qu&#8217;en apparence il semblerait plus facile de nos jours d&#8217;exprimer librement toutes les opinions. Sans doute avons nous aussi intériorisé un contrôle plus important de nos pensées. En réalité nous ne sommes pas plus libres de nous exprimer parce qu&#8217;aujourd&#8217;hui nous sécrétons de l&#8217;inquiétude. Et je crois que cette émotion inhibe notre capacité à rire et à nous émerveiller pleinement.</p>
<p style="text-align: justify;">Sylvia a accompagné fidèlement Choron jusqu&#8217;à sa dernière toilette pour laquelle, amoureusement, elle l&#8217;a habillé de son costume de scène comme en témoigne Delfeil de Ton dans son article &#8220;Un hors la loi grandiose&#8221; paru dans le <em>Nouvel Observateur</em> du 13 janvier 2005. Les mots de Delteil de Ton, encore tout humide des larmes qu&#8217;il a versé à la disparition d&#8217;un ami, d&#8217;un maître ou tout au moins d&#8217;un exemple, imprime toute l&#8217;admiration qu&#8217;il éprouvait pour ce professeur qui apprend à &#8220;désapprendre&#8221;: &#8220;Choron est né pauvre. Il est mort pauvre. Il a vécu comme un riche. Somptueux, généreux, honnête. Qu&#8217;ils aillent prétendre le contraire, les Mozarts qu&#8217;il a couvés, à qui il a donné des ailes. Vous connaissez beaucoup de patrons à qui il est arrivé d&#8217;habiter dans une cave pendant que ses anciens employés pétaient dans la soie et dans de beaux appartements?&#8221;. <span id="more-1109"></span>Aujourd&#8217;hui Georges Bernier que la plupart des gens connaissaient sous l&#8217;identité du professeur Choron, repose au cimetière Montparnasse à coté d&#8217;Odile, sa première compagne. Et Sylvia demeure dans l&#8217;ombre de la partie la plus visible de la vie du professeur: celle qui s&#8217;étend des années 60 au début des années 80, lorsque <em>Charlie Hebdo </em>est mort et que Choron s&#8217;est lancé dans la chanson.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne connais pas très bien Choron, et finalement, je l&#8217;aurai davantage approché par l&#8217;amour que les autres, surtout ses deux compagnes, ont pu exprimer à son égard que par les propos outranciers qu&#8217;il a pu tenir, ou les comportements hors normes qu&#8217;il a pu arborer sur les plateaux télé. Malgré mon ignorance, une pensée me vient immanquablement lorsque je le vois cabotiner ou provoquer dans les interviews: le professeur Choron était la parure dont se fardait Georges Bernier lorsqu&#8217;il apparaissait en public. Yann Kerninon, dans son article intitulé &#8220;L&#8217;homme qui ricane encore dans le cimetière&#8221; paru dans <em>Libération</em> du 18 janvier 2005, l&#8217;exprime très bien lorsqu&#8217;il écrit que &#8220;le professeur Choron était un gentleman déguisé en salaud. Il a passé sa vie à rire avec talent d&#8217;une société de salauds déguisés en gentleman&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">On dit parfois que l&#8217;humour est la pudeur du désespoir. S&#8217;il en est ainsi, on peut imaginer quels abîmes a pu expérimenter Choron tant il était un génie de l&#8217;humour. A la faveur d&#8217;une interview qu&#8217;il accordait en 1988 à Thierry Ardisson, Choron témoignait de sa rencontre avec Sylvia. La rencontre de deux êtres cabossés par les accidents de la vie. Sylvia, également présente sur le plateau, témoigne de son parcours atypique dans lequel elle a crûment goûté aux vicissitudes de la vie, entre recherche spirituelle et avilissement sexuelle, entre désir de libération et émancipation des manipulations d&#8217;une secte. Nos parcours habituellement normés ne résistent pas vraiment à ce plongeon. Sylvia, dont le regard manifeste beaucoup d&#8217;intelligence, relate son parcours simplement, avec le désir évident de le partager. Choron est outrancier, comme il l&#8217;était très souvent, mais son regard est stupéfiant. Il y a un tel fossé entre l&#8217;expression de son regard, d&#8217;une immense tendresse, et les paroles qu&#8217;il prononce. Paroles qui semblent effectivement celles d&#8217;un parfait salaud, misogyne et provocateur! J&#8217;imagine qu&#8217;il devait être bien difficile de vivre aux cotés de Choron, de le voir assumer et dénoncer toute l&#8217;absurdité de nos comportements, de le voir s&#8217;exposer librement et à n&#8217;importe quel prix avec pour seule récompense la satisfaction d&#8217;avoir pu inviter quelques consciences à approfondir leurs réflexions, à s&#8217;émanciper de leurs conditionnements, en passant par l&#8217;électrochoc de la provocation. Choron, dont les mots semblent ignorer le socialement correct, livre ses fantasmes ou ses idées en public comme s&#8217;il se parlait à lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours de la conversation, comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une anecdote, Choron lance qu&#8217;après 30 ans de vie commune, Sylvia l&#8217;a aidé à surmonter la mort volontaire d&#8217;Odile. &#8220;Elle s&#8217;est flinguée aux barbituriques&#8221; lâche-t-il alors qu&#8217;Ardisson s&#8217;enquérait de connaître l&#8217;état dans lequel Sylvia avait trouvé Choron le soir de leur première rencontre. Devant un Thierry Ardisson qui se la joue &#8220;super-cool, on est entre pote et on s&#8217;allume des clopes devant l&#8217;oeil indiscret de la caméra&#8221;, Choron se dépoile avec un mélange de désinvolture et de gravité qui scotche. Ardisson ne relève rien de cette révélation tragique, d&#8217;ailleurs le peut-il vraiment? N&#8217;est-il pas sensé produire du divertissement? Et Sylvia semble tour à tour agacée ou sur la réserve, stupéfaite des confessions d&#8217;un Choron fanfaron dont elle connaît l&#8217;intimité. Décidément <a title="Choron relate sa rencontre avec Sylvia" href="http://www.ina.fr/ardisson/bains-de-minuit/video/I08066328/georges-choron-le-preservatif-musical.fr.html" target="_blank">le professeur fait exploser les cadres de référence</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Choron ne peut laisser indifférent, comme le pôle d&#8217;un aimant, il attire ou repousse suivant notre réceptivité. Bien que les projets qu&#8217;il a partagé avec Sylvia n&#8217;aient pas rencontré le même succès que ceux qu&#8217;il avait fait vivre avec Odile, Cavanna et toute leur équipe, cette nouvelle histoire mérite néanmoins d&#8217;être connue. L&#8217;exemplarité d&#8217;une aventure, et l&#8217;inspiration qu&#8217;elle nous offre, ne se mesure pas à l&#8217;aune de son succès populaire ou commercial, mais aux valeurs qu&#8217;elle a permis de déployer et de faire vivre quotidiennement. J&#8217;espère que Sylvia trouvera les ressources de la raconter.</p>
<p style="text-align: justify;">Voir et écouter Choron m&#8217;invite à questionner en &#8220;mon âme et conscience&#8221; comme on a coutume de le dire, le sens de toutes les circonstances que nous traversons, et la manière dont nous nous y relions. Il me reste au final les échos du <em>Bodhicaryâvatâra</em> de Shantideva dans la belle et toute nouvelle traduction que Padmakara a publiée en 2007:</p>
<p style="text-align: center;">&#8220;Quand nous posons les yeux sur un être,<br />
Que se soit avec franchise et bienveillance<br />
Et pensant que c&#8217;est grâce à lui<br />
Que nous atteindrons la bouddhéité&#8221;.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Librairie: &#8220;je ne crois pas à la nouveauté&#8221;</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Mar 2010 09:44:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Librairie]]></category>

		<category><![CDATA[Livre de fond]]></category>

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		<description><![CDATA[Après une quinzaine d&#8217;années passée à travailler chez Gibert, cette parole a franchi le seuil de mes lèvres pour heurter les tympans d&#8217;Agnès. Un tel aveu est sans doute difficile à entendre quand on sait que 70% du chiffre d&#8217;affaire est réalisé sur les nouveautés qui paraissent chaque semaine en librairie. Pourtant je crois qu&#8217;une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Après une quinzaine d&#8217;années passée à travailler chez Gibert, cette parole a franchi le seuil de mes lèvres pour heurter les tympans d&#8217;Agnès. Un tel aveu est sans doute difficile à entendre quand on sait que 70% du chiffre d&#8217;affaire est réalisé sur les nouveautés qui paraissent chaque semaine en librairie. Pourtant je crois qu&#8217;une partie importante de mon attachement viscéral au Service Achat Occasion, c&#8217;est-à-dire l&#8217;endroit où les personnes viennent vendre spontanément leurs livres, CD et DVD, vient de cette émancipation du diktat de la nouveauté en librairie.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd&#8217;hui nous avons la chance (depuis les lois de Jules Ferry sur l&#8217;école gratuite et obligatoire en 1881, lois qui ont assurées à la fin du Grand Siècle le succès de Gibert) de pouvoir apprendre à lire dès l&#8217;école primaire. Cette ouverture est immense, elle permet à chacun d&#8217;entrer en relation avec toute la diversité des savoirs et des expériences humaines. Mais cette possibilité, si importante soit-elle, ne signifie pas automatiquement sa réalisation effective. Nous sommes passés en l&#8217;espace de quelques siècles de la lecture intensive, lectures axées bien souvent sur les textes contenus dans la <em>Bible</em> dont l&#8217;interprétation était soufflée par les prêtres, à une lecture extensive. Aujourd&#8217;hui nous lisons de tout, articles, essais, romans, BD, journaux en ligne… Une explosion de créativité qui sature le mode de production de l&#8217;écrit que l&#8217;humanité connaissait jusqu&#8217;alors.</p>
<p style="text-align: justify;">Le seul moyen pour donner rapidement un &#8220;sens marchand&#8221; à cette surproduction éditoriale consiste à sentir quel vent souffle sur le marché du livre. Sentir la clientèle, sentir sa sensibilité, humer les modes de pensée, les modes tout court, qui animent pour un temps la communauté des hommes, tant dans le domaine vestimentaire que littéraire. Et bien heureusement, lorsqu&#8217;on a la chance de rencontrer en amont un travail éditorial de qualité, il est fréquent de voir apparaître sur les bons de commande de nouveautés que nous présentent quotidiennement les représentants, des trésors d&#8217;intelligence et d&#8217;invention littéraire.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors pourquoi ne pas croire à la nouveauté en librairie? Sans doute parce qu&#8217;à mon sens nous négligeons le temps de l&#8217;assimilation. Lorsqu&#8217;il m&#8217;arrive de rencontrer une belle oeuvre, parfois un chef-d&#8217;oeuvre, j&#8217;ai besoin de me trouver dans de bonnes dispositions pour le savourer. Et s&#8217;il m&#8217;arrive de l&#8217;avaler gloutonnement, j&#8217;en éprouve par la suite la frustration de ne pas avoir été présent comme il le fallait à la beauté du texte, à sa complexité, tissage intelligent d&#8217;idées et d&#8217;émotions. Le temps de la production du texte est d&#8217;ailleurs lui-même immense. Tolkien a produit <em>Le seigneur des anneaux</em> et l&#8217;univers dans lequel ce roman évolue, sur plusieurs décennies. Par quel tour de magie peut-on imaginer pénétrer cette oeuvre en la lisant sur une semaine ou quinze jours? Pour ma part, cela est impossible. C&#8217;est comme tomber amoureux, on peut le réaliser instantanément, mais le vivre quotidiennement c&#8217;est une autre histoire. L&#8217;amour ne se résume pas au flash de la rencontre, ni la rencontre d&#8217;une oeuvre à la consommation de son texte.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai réalisé que la plupart des oeuvres qui m&#8217;inspire, le font sur longtemps, elles demandent que je m&#8217;y plonge à intervalles réguliers. Et je ne parle pas forcément des essais dont la narration s&#8217;articule autour des idées plus lentes à assimiler que les sentiments et les émotions suscités par la forme romanesque. Je parle aussi des romans et des narrations picturales qui se sont développées le siècle dernier comme la BD, dont la forme se rapproche tout autant du roman que de la poésie. Lire Jodorowsky signifie me délecter de <em>l&#8217;Incal</em>, tout en sachant qu&#8217;il croisera encore et encore mon chemin au fur et à mesure de mes maturations successives. Et que dire de <em>Nausicaa</em> de Miyazaki, même après plusieurs lectures attentives, la richesse du récit, l&#8217;impact des dessins, leur puissance d&#8217;évocation, demeurent un mystère fécondant.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, ne pas croire à la nouveauté signifie aussi s&#8217;émanciper des effets de mode que j&#8217;évoquais plus haut. Ce décalage m&#8217;est salutaire. Non pas que je me désintéresse de ce qui anime mes semblables, seulement bien souvent les préoccupations médiatisées ne m&#8217;apparaissent pas avec l&#8217;urgence qu&#8217;on voudrait leur donner. Tout est affaire de sens, le sens que l&#8217;on donne à son inscription dans le monde: si l&#8217;actualité littéraire affuble cette inscription d&#8217;un sens nouveau, il m&#8217;est alors possible de m&#8217;y plonger comme cela avait été le cas avec le livre de Vizinczey intitulé <em>Eloge des femmes mûres.</em> Mais mon expérience quotidienne au Service Achat Occasion me montre toute la synchronicité des rencontres littéraires a priori fortuites. Ces rencontres alimentent la plupart de mes lectures. D&#8217;ailleurs bien souvent, ces livres sont les perdants de l&#8217;histoire de l&#8217;édition, oubliés, dévalués, les libraires n&#8217;en veulent plus parce qu&#8217;à un moment de leur histoire, les lecteurs les ont boudé, où même plus simplement ignoré. Les exemples sont légions, mais régulièrement au coeur de ces flux de livres, se trouve une perle rare. C&#8217;est ainsi qu&#8217;à Marseille j&#8217;ai découvert <em>L&#8217;économique et le vivant</em> de René Passet, ou plus récemment le livre d&#8217;Odile Vaudelle, <em>Odile, la femme à Choron</em>. C&#8217;est ainsi que les merveilleux textes de Manuel de Dieguez ne se rencontrent plus dans les fonds de librairie, et que l&#8217;oeuvre de Ludovic de Gaigneron n&#8217;a pas été rééditée depuis les années 50, idem pour le travail autobiographique passionnant de Jeanne Ancelet-Hustache, traductrice de maître Eckhart, ou les romans de Mario Meunier.</p>
<p style="text-align: justify;">La nouveauté est comme toute l&#8217;histoire éditoriale qui se déroule quotidiennement sous mes yeux d&#8217;acheteurs d&#8217;occasion: elle est faite de textes essentiels rarement, de grands textes parfois, et d&#8217;une multitude de livres dévalués qui un jour, pour certains ont rencontré un succès, et pour beaucoup d&#8217;autres, un oubli presque instantané. A la faveur de ce qui se manifeste spontanément au coeur de mon expérience quotidienne, vient se loger parfois un trésor que je reconnais mais qui curieusement ne prend de valeur qu&#8217;à mes yeux. Le travail sur l&#8217;occasion réintroduit la richesse d&#8217;un fond que la pression de la nouveauté tendrait à effacer si l&#8217;on n&#8217;y prenait garde. Il réintroduit au coeur de la mémoire oublieuse des libraires, toute la fraîcheur des livres anciens que l&#8217;on me propose. Il dépoussière notre regard habitué au traitement de la nouveauté, et, avec une audace anarchique, vient enrichir l&#8217;offre des livres qui orne nos étagères. Il permet enfin au libraire de se faire un peu &#8220;éditeur de circonstance&#8221; en offrant à un auteur, le temps d&#8217;une rencontre, la possibilité de voir son texte connaître un réseau de diffusion élargie.</p>
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		<title>Les mémoires de Mado, un témoignage d&#8217;une émouvante authenticité</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Mar 2010 20:56:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Librairie]]></category>

		<category><![CDATA[Nouveauté]]></category>

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		<description><![CDATA[Je viens de terminer le livre de Jacqueline Madeleine, &#8220;Mado&#8221; pour les personnes qui la connaissent, livre auquel Hélène Levra a également participé en se chargeant &#8220;de ma mise en mots et en pages&#8221; du cahier de brouillon dans lequel étaient consignés tous les récits qui émaillent cette biographie. Ce livre écrit à quatre mains, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Je viens de terminer le livre de Jacqueline Madeleine, &#8220;Mado&#8221; pour les personnes qui la connaissent, livre auquel Hélène Levra a également participé en se chargeant &#8220;de ma mise en mots et en pages&#8221; du cahier de brouillon dans lequel étaient consignés tous les récits qui émaillent cette biographie. Ce livre écrit à quatre mains, m&#8217;a été présenté par Anne-Marie, propriétaire et voisine de la maison que nous habitons avec ma famille. Mes enfants étant scolarisés à l&#8217;école St Martin pour laquelle &#8220;Mado&#8221; souhaite reverser une partie du bénéfice des ventes de son livre, et ma profession de libraire aidant, Anne-Marie a eu la gentillesse hier de me prêter son exemplaire des <em>Mémoires de Mado</em> que j&#8217;ai lu d&#8217;une seule traite aujourd&#8217;hui dans le train. J&#8217;ai écris ce court texte ce soir dans le train qui me ramène à la maison pour remercier Mado (et Hélène) des moments que j&#8217;ai passé avec elle.</p>
<p style="text-align: center;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 637px"><img class="  " title="Les mémoires de Mado, biographie dune enfant du siècle" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/memoiresdemado.jpg" alt="Un livre publié à compte dauteur" width="627" height="884" /><p class="wp-caption-text">Un livre publié à compte d&#39;auteur achevé d&#39;imprimer en décembre 2009</p></div>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1093"></span>Le texte  qu&#8217;elles ont produit m&#8217;a beaucoup touché parce qu&#8217;il résonne d&#8217;une belle authenticité. Avec ses souvenirs de petite fille, Mado exprime aussi directement sa part d&#8217;enfance qui demeure très vivante. Le texte oscille entre les réminiscences flamboyantes des ressentis d&#8217;enfance de Mado (&#8221;<em>Un jour j&#8217;ai cassé trois saladiers en les rangeant. Nini a repris tous mes sous pour payer l&#8217;achat de nouveaux saladiers! Toutes les larmes de mon coeur et de mon corps y sont passées et n&#8217;ont pas suffi à apaiser ma peine</em>&#8220;) et le recul d&#8217;une maturité qui permet de porter un regard plein d&#8217;humour sur les affres de la vie (&#8221;<em>Je suis entrée dans la vie par une toute petite porte. Celle de l&#8217;Assistance Publique. Il était dit aussi que je voyagerai léger, car, joint à mes 2,8 kilos, mon carnet de suivi qui me tenait lieu de passeport pour un embarquement immédiat, ne comportait que quelques lignes:<br />
Un nom: Madeleine<br />
Un prénom: Jacqueline<br />
Une date de naissance 26 octobre 1940 Lyon 7ème<br />
Un numéro de matricule: 240106999000792<br />
Une mention: Abandonnée le 9 novembre 1940<br />
Et comme un bonheur n&#8217;arrive jamais seul, je précise que dans ma pochette surprise, il y avait aussi le numéro complémentaire. A l&#8217;époque, il était de choix: je suis une incorrigible gauchère très corrigée</em>&#8220;).</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré les blessures subies, Mado exprime avec beaucoup de générosité, mais aussi une certaine pudeur  parfois teinté d&#8217;humour (s&#8217;adressant à son lecteur, elle conclue quelques lignes avant la fin du livre: &#8220;<em>Voilà, vous savez tout ce que vous deviez savoir</em>&#8220;), les épisodes marquants de sa vie d&#8217;adulte. Une vie dont l&#8217;ouverture progressive et l&#8217;affirmation de plus en plus prononcée de la personnalité de Mado offre au récit une dimension exemplaire. Malgré une faible instruction, malgré l&#8217;abandon à la naissance, malgré les privations et les mauvais traitements de l&#8217;enfance, parfois brièvement éclipsés par la gentillesse d&#8217;une commerçante ou des regards compatissants, on sent le récit plonger avec une infaillible détermination dans les ressources de son auteur. Ce mouvement de plongée incessant place dans un jeu de miroir la douleur des souvenirs et l&#8217;énergie de leur trouver des mots comme une issue qui permet à la fois de les assumer et de les partager.</p>
<p style="text-align: justify;">A mon sens, Mado s&#8217;inscrit par ce mouvement dans une tradition immense, une tradition qui traverse toute l&#8217;humanité dans son histoire et dans toute l&#8217;étendue de ses cultures, une tradition qui donne au texte le sens de ce que Marc-Alain Ouaknin appelle une <em>bibliothérapie</em>. L&#8217;homme se soigne par les textes qu&#8217;il lit et ceux qu&#8217;il produit. Il s&#8217;agit de la fonction la plus noble que l&#8217;on puisse assigner à la littérature quelque soit la forme qu&#8217;elle revête: poétique ou scientifique, fictive ou témoignage.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce livre publié à compte d&#8217;auteur est disponible <a title="Pour acquérir ce livre au prix de 10€, envoyez un courriel ici" href="mailto:helene.levra@hotmail.fr">en écrivant ici</a>.</p>
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		<title>En cheminant avec Joni Mitchell,</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Feb 2010 08:51:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Musique]]></category>

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		<description><![CDATA[j&#8217;ai appris, au fil des heures, à découvrir une partie de son originalité. Joni Mitchell et son oeuvre, c&#8217;est pour moi l&#8217;histoire d&#8217;une émancipation. Dès les premières écoutes, la liberté m&#8217;est apparue comme une qualité prévalante de sa musique.
J&#8217;ai écouté avec bonheur une bonne partie des ses albums des années 60 et 70 et ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">j&#8217;ai appris, au fil des heures, à découvrir une partie de son originalité. Joni Mitchell et son oeuvre, c&#8217;est pour moi l&#8217;histoire d&#8217;une émancipation. Dès les premières écoutes, la liberté m&#8217;est apparue comme une qualité prévalante de sa musique.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai écouté avec bonheur une bonne partie des ses albums des années 60 et 70 et ses deux derniers <em>Travelogue</em> et <em>Shine</em>. Elle s&#8217;illustre par des compositions qui s&#8217;articulent principalement autour de son chant. Elle incarne ses émotions, ses sentiments dans sa voix, avec une prédilection affirmée pour toucher l&#8217;universel. Elle chante l&#8217;amour, le désir, la tristesse, en peignant avec des mots la couleur de toutes ses émotions. Mais le sens est tellement bien représenté par sa manière de chanter qu&#8217;il n&#8217;est pas besoin de comprendre l&#8217;anglais pour adhérer à l&#8217;émotion qu&#8217;elle exprime. Les paroles précisent le contexte de la naissance de telle émotion, mais sa poésie apparaît déjà immense dans la simple musique de sa voix.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette force de l&#8217;expression émotionnelle est si présente chez Joni Mitchell, que ses compositions gravitent presque essentiellement autour de cette voix si particulière, qui change de rythme allègrement, suivant le ressenti qu&#8217;elle transmet. Cette exigence imprime à ses chansons une grande liberté. Ainsi il n&#8217;est pas si surprenant que des ballades folk qu&#8217;elle chantait sur ses premiers albums, elle ait progressivement enrichie sa grammaire musicale et son vocabulaire mélodique en flirtant avec le rock, puis le jazz, style libre par excellence.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me semble que pour répondre à son exigence de fidélité à la transmission des émotions et des sentiments qui l&#8217;animent, elle n&#8217;avait pas d&#8217;autre choix que de s&#8217;émanciper d&#8217;une identité musicale folk, si mélodieuse soit-elle, qui ne lui offrait pas toute la palette expressive souhaitée. Cette exigence, elle l&#8217;a payé en tant qu&#8217;artiste, puisque ses métamorphoses l&#8217;ont éloigné des attentes de son public en lui interdisant, pour un temps, de trouver de nouvelles oreilles qui s&#8217;intéressent à la forme en mutation constante de sa créativité. J&#8217;ai lu que durant les années 80, elle s&#8217;était surtout consacrée à la peinture.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l&#8217;évolution musicale qu&#8217;elle imprime à ses albums entre 1968 et 1979 est rapide et, avec le recul, incroyablement pertinente. Jamais elle ne s&#8217;éloigne de son propos d&#8217;artiste: être un relais qui, par son art (ici la chanson), aide chacun de ses contemporains à entrer en contact avec ses émotions intimes, et y découvrir une beauté réconciliante. Joni Mitchell offre cela à ceux qui prennent le temps de prêter attention à son oeuvre.</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le monde que tu expérimentes est le reflet de tes processus cognitifs</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Feb 2010 21:31:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Cours]]></category>

		<category><![CDATA[Livre de fond]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce texte est à la fois une synthèse et une variation autour de l&#8217;article de Ernst von Glasersfeld intitulé &#8220;Introduction à un constructivisme radical&#8221; qui se trouve dans le livre La construction de la réalité coordonné par Paul Wazlawick. On retrouve dans ce livre un ensemble de contributions issues de domaines variés: philosophie, psychothérapie, sociologie, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ce texte est à la fois une synthèse et une variation autour de l&#8217;article de Ernst von Glasersfeld intitulé &#8220;Introduction à un constructivisme radical&#8221; qui se trouve dans le livre <em>La construction de la réalité</em> coordonné par Paul Wazlawick. On retrouve dans ce livre un ensemble de contributions issues de domaines variés: philosophie, psychothérapie, sociologie, mathématiques, biologie, littérature etc… Toutes ces contributions ont en commun de partager une conception constructiviste de la connaissance. Mais que signifie adhérer à une conception constructiviste de la connaissance?</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><img title="Linvention de la réalité" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/inventionrealite.jpg" alt="Un livre passionnant qui ouvre des horizons insoupsonnés dans la relation intime que nous tissons avec notre environnement" width="400" height="663" /><p class="wp-caption-text">Un livre passionnant qui ouvre des horizons insoupsonnés dans la relation intime que nous tissons avec notre environnement</p></div>
<h4 style="text-align: justify;">Les implications d&#8217;une approche constructiviste de la connaissance</h4>
<p style="text-align: justify;">Comme l&#8217;écrit Glasersfeld au début de son article, le constructivisme est une approche non conventionnelle, qui est plutôt mal vécue par de nombreuses personnes parce qu&#8217;elle remet largement en question des certitudes pourtant fermement ancrées dans nos manières de vivre et &#8220;de concevoir le monde&#8221;. Le constructivisme affirme selon Glasersfeld &#8220;que l&#8217;être humain […] est responsable de sa pensée, de sa connaissance et donc de ce qu&#8217;il fait&#8221;. Mais cette affirmation, dans la généralité de son propos, ne permet pas forcément de saisir la radicalité de ce qu&#8217;elle implique. Or cette implication est saisissante si l&#8217;on ajoute à la suite de Glasersfeld que &#8220;nous n&#8217;avons personne d&#8217;autre à remercier que nous-mêmes pour le monde dans lequel nous pensons vivre&#8221;.<span id="more-1085"></span> Ce sont les implications de cette responsabilité que cette synthèse se propose d&#8217;explorer. Se faisant nous ne serons jamais très loin de réflexions éthiques.</p>
<p style="text-align: justify;">La difficulté de prendre à bras le corps cette responsabilité provient du fait que nous construisons la réalité en étant en grande partie inconscient des opérations qui président à son élaboration. Autrement dit, l&#8217;enfant que nous avons tous été, construit son monde en se construisant lui-même, idée que Piaget exprime lumineusement ainsi: &#8220;L&#8217;intelligence […] organise le monde en s&#8217;organisant elle-même&#8221;. Reformuler en terme phénoménologique, on pourrait dire que la conscience organise son monde en s&#8217;organisant elle-même. Or les fondations de cette construction (de cette organisation) sont mises en oeuvre depuis notre conception dans le ventre maternel, et cette construction se poursuit toute notre vie durant, sans que nous ayons conscience des opérations essentielles que nous avons effectuées au départ de notre vie. Du coup, la stratégie cognitive que le constructivisme propose consiste non pas à décrire la réalité qui nous entoure, mais à relever le défi de comprendre les modes d&#8217;élaboration de notre connaissance qui sont, au final, les seuls points d&#8217;accès que nous ayons pour comprendre le monde dans lequel nous vivons.</p>
<h4>Le constructivisme comme éthique et adaptation fonctionnelle</h4>
<p style="text-align: justify;">Ainsi le constructivisme embrasse, dans une même étreinte, une approche scientifique et une approche thérapeutique. Ces approches font de la compréhension de l&#8217;élaboration de notre connaissance du monde, la condition <em>sine qua non</em> pour vivre dans un monde sain avec lequel nous tissons des relations saines. Cette santé se révèle par la démarche même du constructivisme qui, au lieu de postuler un monde extérieur et indépendant qu&#8217;il serait possible d&#8217;affubler des pires défauts (le monde est cruel, l&#8217;injustice règne en maître, la loi du plus fort est la seule qui prévale sur les autres etc…), nous invite plutôt à questionner et approfondir la relation que nous entretenons avec nos flux d&#8217;expérience, avec la manifestation incessante des phénomènes qui se présentent à nous et que nous acceptons plus où moins de bonne grâce.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette optique, la connaissance est comparable à &#8220;une clé qui nous ouvre des voies possibles&#8221; pour reprendre la belle expression de Glasersfeld. Plutôt que de se questionner sur le sens ontologique de la réalité qui se présente à nous, le constructivisme explore la relation que nous entretenons entre la réalité que nous expérimentons et la connaissance que nous en avons. Pour lui, cette relation est essentiellement une adaptation fonctionnelle: cette relation va dans le sens de la convenance, comme une clé convient à une serrure. La capacité de déverrouiller la serrure pour ouvrir la porte est inhérente à la clé. En effet, une serrure peut accepter plusieurs types de clé découpée différemment. Ainsi la serrure (qui figure ici la réalité que nous expérimentons) ne sélectionne pas la clé (c&#8217;est-à-dire la connaissance) la plus apte à la déverrouiller, elle élimine seulement les clés qui ne lui conviennent pas. Autrement dit, Glaserfeld nous explique que &#8220;notre connaissance est utile, pertinente et viable […] quand elle résiste à l&#8217;épreuve de l&#8217;expérience, nous permet de faire des prédictions et de provoquer, ou au contraire d&#8217;éviter, suivant le cas, des phénomènes&#8221;. Et finalement Glaserfeld conclue en disant que la connaissance est &#8220;la mise en ordre et l&#8217;organisation d&#8217;un monde constitué par notre expérience&#8221;.</p>
<h4 style="text-align: justify;">Des liens avec philosophie et tradition</h4>
<p style="text-align: justify;">A bien des égards, Giambattista Vico est un précurseur de cette manière d&#8217;appréhender la connaissance. Il considère en effet que le monde tel que nous le percevons est le résultat de la construction que nous en avons fait. Pour lui, les limites que nous rencontrons dans le monde, sont le résultat &#8220;de l&#8217;histoire de notre construction, car, à chaque moment, ce qui a déjà été fait limite ce qui peut encore l&#8217;être maintenant&#8221;. Autrement dit, nos constructions précédentes limitent d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre les nouvelles constructions de la réalité que nous élaborons incessamment.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour tous les lecteurs ouverts aux traditions asiatiques, et notamment à la voie du bouddha, cette manière de comprendre la connaissance diffuse des effluves bien proches de la notion sanskrite de karma qui signifie &#8220;action&#8221;. Au sein de la connaissance, l&#8217;action est la production d&#8217;opérations cognitives en vue de la construction du monde que nous expérimentons. Or toute action, qu&#8217;elle soit purement cognitive (pensée), verbale (communication par le langage) ou &#8220;intégralement&#8221; physique (se mouvoir d&#8217;un lieu vers un autre par exemple), conditionne de nouveaux champs d&#8217;expériences qui se manifesteront. Ces champs d&#8217;expérience clôturent d&#8217;une certaine manière l&#8217;émergence du champ des possibles.</p>
<h4 style="text-align: justify;">Pourquoi construisons-nous la réalité que nous expérimentons?</h4>
<p style="text-align: justify;">On peut alors se demander ce qui motive cette construction? Quel but cette production d&#8217;opérations cognitives poursuit-elle? Glasersfeld le définit ainsi: &#8220;un organisme cognitif évalue les expériences qu&#8217;il fait, et, par là, tend à en répéter certaines et à en éviter d&#8217;autres&#8221;. Ce qui présuppose que, par inférence, tout organisme cognitif part de l&#8217;hypothèse que le futur ressemble au passé. Cette croyance est fondamentale dans l&#8217;élaboration du processus cognitif parce que sans elle, sans cette hypothèse de régularités et d&#8217;une certaine forme de constance dans la manifestation des expériences, toute nouvelle expérience deviendrait inutile. Cependant cette croyance n&#8217;est pas fortuite, elle est en effet étayée par une comparaison des expériences anciennes à celles qui se produisent au présent. Cette mise en relation des expériences passées à celles présentes implique, pour qu&#8217;il y ait des régularités dans le flux de nos expériences, que l&#8217;on repère au sein du champ de nos expériences:</p>
<ul>
<li>soit des équivalences,</li>
</ul>
<ul>
<li>soit des identités individuelles.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ces notions d&#8217;équivalence et d&#8217;identité individuelle sont elles-mêmes construites par nos processus cognitifs. Ces processus impliquent que nous soyons capables, à partir de la représentation de nos expériences passées, de conclure que l&#8217;expérience qui se produit et les objets qui s&#8217;en détachent sont:</p>
<ul>
<li>soit équivalents parce qu&#8217;ils présentent des qualités similaires,</li>
</ul>
<ul>
<li>soit identiques parce qu&#8217;il s&#8217;agit des mêmes objets qui n&#8217;ont pas changé dans l&#8217;intervalle des expériences passées et présentes (voir les processus d&#8217;assimilation et d&#8217;accommodation chez Jean Piaget).</li>
</ul>
<h4 style="text-align: justify;">D&#8217;où vient la régularité du monde que nous expérimentons?</h4>
<p style="text-align: justify;">Il est important de garder à l&#8217;esprit que toutes ces expériences passées et présentes sont construites par nos processus cognitifs. Dans le paradigme du constructivisme, il est inutile de postuler l&#8217;existence d&#8217;un monde extérieur indépendant de nous. Cette hypothèse devient non seulement caduque, mais elle est même malsaine, parce qu&#8217;elle nous fait perdre de vue l&#8217;essentiel de notre quête: tourner notre regard vers l&#8217;intérieur pour demeurer attentif aux processus cognitifs qui sont à l&#8217;oeuvre en nous et dont le monde, aussi extérieur puisse-t-il paraître, est le reflet.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi Glasersfeld conclue que la régularité du monde que l&#8217;on expérimente, dépend davantage du point de vue que l&#8217;on adopte que des propriétés inhérentes à une prétendue réalité extérieure. C&#8217;est ce que l&#8217;on considère et quelle type de similitudes on recherche qui importe le plus dans la construction de la régularité du monde que l&#8217;on expérimente. Et les contraintes que nous rencontrons dans nos expériences proviennent des matériaux utilisés dans nos processus cognitifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrivé au terme de cette présentation du constructivisme, Glasersfeld se demande alors ce qu&#8217;est la réalité. Pour lui, elle procède des décisions que nous opérons au sein de nos processus cognitifs. Nous décidons constamment, souvent à notre insu, de &#8220;déterminer si on doit considérer les deux expériences qu&#8217;on se propose de comparer en tant que manifestations d&#8217;un seul et même objet ou de deux objets différents&#8221;. Dans le premier cas nous obtenons des objets unitaires existants, et dans le second des relations entre ces objets distincts. L&#8217;ensemble de ces décisions structure le flux de nos expériences. C&#8217;est cette structure globale, obtenue au fil de ces décisions que nous opérons constamment, qui forme ce que nous appelons communément la réalité. Et il conclue en affirmant que si la réalité nous apparaît si souvent comme indépendante de nous, c&#8217;est seulement parce que nous sommes en grande partie inconscient de tous ces choix que nous opérons automatiquement.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 155px"><img title="Ernst von Glasersfeld" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/Glasersfeld.jpg" alt="Ernst von Glasersfeld" width="145" height="164" /><p class="wp-caption-text">Ernst von Glasersfeld</p></div>
<h4 style="text-align: justify;">L&#8217;union des complémentaires, la tenue des contraires</h4>
<p style="text-align: justify;">Ainsi l&#8217;épistémologie, c&#8217;est-à-dire la compréhension de la connaissance, que propose le constructivisme, suppose que la connaissance est la &#8220;recherche de manières de se comporter et de penser qui conviennent&#8221;. Le constructivisme célèbre ainsi les noces entre la science (le fait de comprendre le monde dans lequel nous vivons) et l&#8217;éthique (le fait d&#8217;oeuvrer à inscrire sainement notre action dans le monde).</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Rencontre avec Joni Mitchell</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Feb 2010 15:46:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Musique]]></category>

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		<description><![CDATA[Lundi 8 février, Gibert Carré de Soie est plongé au coeur de l&#8217;hiver, le froid est toujours très présent, et avec lui les menaces de neige qui ne cessent depuis le mois dernier. Malgré tout, certains clients affrontent ce temps hivernal pour venir proposer des produits culturels dont ils veulent se défaire. C&#8217;est en ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Lundi 8 février, Gibert Carré de Soie est plongé au coeur de l&#8217;hiver, le froid est toujours très présent, et avec lui les menaces de neige qui ne cessent depuis le mois dernier. Malgré tout, certains clients affrontent ce temps hivernal pour venir proposer des produits culturels dont ils veulent se défaire. C&#8217;est en ce jour béni qu&#8217;un client de Gibert musique à Bellecour, au hasard d&#8217;un rendez-vous sur Villeurbanne, est venu nous vendre un lot de CD.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous discutons du nouveau magasin, de ses goûts, de ses choix, et de ses ventes. Je suis attiré par les six CD de <a title="Page personnelle de Joni Mitchell" href="http://jonimitchell.com/" target="_blank">Joni Mitchell </a>qu&#8217;il dépose sur la banque du Service Achat Occasion.</p>
<p style="text-align: center;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 589px"><img class=" " title="Joni Mitchell" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/jonimitchell.jpg" alt="Pochette de lalbum Hejira" width="579" height="768" /><p class="wp-caption-text">Pochette de l&#39;album &quot;Hejira&quot;</p></div>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1073"></span>Le visage de cette artiste me rappelle celui de Rickie Lee Jones. Nous échangeons à propos de sa musique dont il semble éperdument amoureux. Il m&#8217;explique qu&#8217;il préfère l&#8217;écouter en vinyl, parce que le son lui convient mieux: moins propre mais plus rond. Une chose dans son attitude me frappe, il est totalement ému lorsqu&#8217;il tente de décrire les émotions que lui procure la musique de cette artiste. Il bafouille, il cherche ses mots… En vain j&#8217;essaie de le faire accoucher des mots qui se dérobent. Alors que quelques instants auparavant il s&#8217;exprimait avec aisance, là il ne parvient plus à verbaliser quoi que se soit. Et je réalise que mes efforts pour lui donner des mots en vue d&#8217;illustrer sa pensée sont inutiles, comme si je déflorais un jardin secret, comme si je pêchais par excès d&#8217;orgueil et que cela m&#8217;interdisais de comprendre ce que son silence signifiait. Nous nous quittons là-dessus. Mais il a tellement attisée ma curiosité que je passe immédiatement en musique de fond l&#8217;album <em>Blue</em> qu&#8217;il vient de vendre. N&#8217;est-ce pas finalement ce que son silence m&#8217;invitait à faire?</p>
<p style="text-align: justify;">Découvrir un artiste en musique de fond est une gageure que même le talent de Joni Mitchell ne peut relever. Après avoir renseigner les clients, répondu au téléphone, acheté les autres livres, CD et DVD que les clients me présentaient tout au long de la journée, et travaillé sur les futurs événements qui animeront la vie du magasin, il me restait seulement de ces heures d&#8217;écoute  distraite, une impression musicale bien agréable. Pourtant, le livret qui accompagnait <em>Travelogue</em> était explicite: les textes qu&#8217;elle a écrit et les tableaux qu&#8217;elle a peint montraient déjà, comme une annonce pleine de promesses, toute la singularité de cette artiste. Et puis, il y avait aussi ce portrait de Trungpa qu&#8217;elle y expose.</p>
<p style="text-align: center;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 608px"><img class="  " title="Chogyam Trungpa Rinpoché" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/trungpa.jpg" alt="Peinture réalisé en 2002, présente sur le livret de Travelogue" width="598" height="714" /><p class="wp-caption-text">Peinture réalisée en 2002, présente sur le livret de &quot;Travelogue&quot;</p></div>
<p style="text-align: justify;">Il est là pour illustrer la chanson qu&#8217;elle lui a consacrée sur son album de 1976 intitulé <em>Hejira</em>. Elle y relate dans le premier couplet sa rencontre avec ce maître en ces termes:</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Titre: Refuge of the roads/Le refuge des voies</strong><br />
I met a friend of spirit/J&#8217;ai rencontré un ami de l&#8217;esprit<br />
A drunk with sage&#8217;s eyes/Un saoul aux yeux sages<br />
As I sat before his sanity/Comme je m&#8217;asseyais devant sa sagesse<br />
I was holding back from crying/Je fus indécise à pleurer<br />
He saw my complications/Il vit mes complications<br />
And he mirrored me back simplified/Et me ramena à plus de simplicité<br />
And we laughed how our perfection/Et nous riâmes devant notre perfection<br />
Would always be denied/Constamment déniée<br />
&#8220;Heart and humor and humility&#8221;/&#8221;Coeur et humour et humilité&#8221;<br />
He said, &#8220;Will lighten up your heavy load&#8221;/Il me dit, &#8220;Insuffle de la légèreté sur tes fardeaux&#8221;<br />
And he sent me then to the refuge of the roads/Et il m&#8217;envoya alors vers le refuge des voies.</p>
<p style="text-align: justify;">Je découvrais le soir même, une artiste engagée qui s&#8217;était lancée dans une carrière musicale pour financer son amour absolu de la peinture, puisant son inspiration dans une blessure profonde. Plus je m&#8217;ouvrais à <a title="Article consacré à Joni Mitchell sur Wikipédia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Joni_Mitchell" target="_blank">Joni Mitchell</a>, et plus elle me happait. Mais mon véritable enlèvement n&#8217;eut lieu que le lendemain, lorsqu&#8217;impatient d&#8217;être libéré des contraintes de l&#8217;esprit de veille, je plongeais dans mes draps, la tête ornée du casque de Céline qui l&#8217;instant d&#8217;après me délivrerait les premières notes de <em>Travelogue</em>…</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi choisir <em>Travelogue</em> pour la découvrir intimement? Sans doute par la présence de Trungpa, mais pas seulement. Avec cet album, Joni Mitchell, qui venait de retrouver sa fille, tirait un trait sur sa carrière musicale débutée dans les années 60. Elle proposait, dans le contexte de la guerre anti-terroriste que menaient les Etats-Unis, une relecture singulière de son oeuvre et des temps incertains que nous vivons depuis les attentats du 11 septembre. Un double CD où elle chante, accompagnée de 70 musiciens et d&#8217;une vingtaine de choristes, des morceaux qui ont jalonnés son parcours d&#8217;artiste engagé pour l&#8217;écologie, militant pour l&#8217;acquisition d&#8217;un savoir qui ne soit pas la possession d&#8217;un bagage mais l&#8217;ouverture sur les mystères de la vie et de la créativité, oeuvrant pour le décloisonnement de nos comportements.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 465px"><img title="Album Travelogue (2002)" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/travelogue.jpg" alt="Une ouverture pour découvrir de nouveaux horizons" width="455" height="450" /><p class="wp-caption-text">Une ouverture pour découvrir de nouveaux horizons</p></div>
<p style="text-align: justify;">Les premières notes de <em>Travelogue</em> sont sorties du casque de Céline, après que nous ayons échangé notre baiser rituel, prélude pour une nuit apaisante. Pourtant telle n&#8217;en fut pas la suite. La musique de Joni était entrée, elle ne m&#8217;a plus quitté depuis… Alors que mes paupières closes donnaient le signal habituel de l&#8217;endormissement, je suis resté éveillé durant les 65 minutes du premier CD.</p>
<p style="text-align: justify;">Il me serait bien difficile de témoigner du voyage auquel cette musique m&#8217;a convié. La musique de Joni Mitchell m&#8217;a fait entendre quelque chose que je n&#8217;ai jamais entendu avant, et bien que je m&#8217;évertue depuis à le découvrir, comme les mots de ce client, l&#8217;objet de ma quête se dérobe. Peut-on saisir la beauté? La musique de Joni Mitchell est romantique mais elle est violente, elle sonne avec un classicisme aveuglant et pourtant une certaine dérive amène les morceaux là où on ne les attend pas, elle résonne avec la puissance de l&#8217;interprétation d&#8217;une centaine de musiciens et pourtant elle est intime. Quand on écoute sa musique, on se sent curieusement plus humble et plus grand. Enlevé de cet espace exigu que formait le monde avant que la musique de Joni Mitchell n&#8217;y entre, je n&#8217;ai de cesse depuis de franchir allègrement cette ancienne frontière, comme un gamin qui vient de découvrir derrière une colline, l&#8217;étendue d&#8217;un paysage qu&#8217;il ignorait.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Mini-site pour la promo Ecam 2009</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Feb 2010 11:44:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Lectures de l'événement]]></category>

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		<description><![CDATA[Avec un peu de retard, voilà, pour les étudiants qui participaient au cours &#8220;Lectures de l&#8217;évènement&#8221;, le site que nous avions envisagé de mettre en ligne.
Comme c&#8217;était le cas pour la promo Itech, mis en ligne la semaine dernière, ce site est plus allégé que celui qui avait été prévu au départ et ce pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avec un peu de retard, voilà, pour les étudiants qui participaient au cours &#8220;Lectures de l&#8217;évènement&#8221;, le site que nous avions envisagé de mettre en ligne.</p>
<p>Comme c&#8217;était le cas pour la promo Itech, mis en ligne la semaine dernière, ce site est plus allégé que celui qui avait été prévu au départ et ce pour les mêmes raisons.</p>
<p>Merci à tous les étudiants qui s&#8217;y sont investis. Bon courage pour la suite de vos études…</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 406px"><a title="Pour accéder au mini-site, cliquez…" href="http://lejardindepierre.free.fr/Promo_Ecam_2009/Bienvenue.html" target="_blank"><img title="Mini-site de la promo Ecam 2009" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/siteecam2009.jpg" alt="Pour accéder au site, cliquez sur limage" width="396" height="272" /></a><p class="wp-caption-text">Pour accéder au site, cliquez sur l&#39;image</p></div>
]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>Le testament syriaque de Barouk Salamé</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Feb 2010 21:16:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Cours Religions et civilisations]]></category>

		<category><![CDATA[Nouveauté]]></category>

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		<description><![CDATA[Préambule
Le nouveau millénaire a déjà franchi les repères temporelles de la plupart de mes contemporains, tout au moins tous ceux qui calculent leur époque en s&#8217;appuyant sur la naissance de Jésus… Et avec ce millénaire, tel le premier cri du nouveau né, on entend le fracas de l&#8217;effondrement des tours jumelles de Manhattan, symbole de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: justify;">Préambule</h4>
<p style="text-align: justify;">Le nouveau millénaire a déjà franchi les repères temporelles de la plupart de mes contemporains, tout au moins tous ceux qui calculent leur époque en s&#8217;appuyant sur la naissance de Jésus… Et avec ce millénaire, tel le premier cri du nouveau né, on entend le fracas de l&#8217;effondrement des tours jumelles de Manhattan, symbole de la financiarisation à outrance qui s&#8217;est emparée du monde occidental depuis une trentaine d&#8217;années, en imposant en partie sa mentalité au reste du monde. Depuis ces attentats, l&#8217;Islam est devenu un objet de crainte, de vénération, et bien heureusement d&#8217;études pour un public plus large. Cette riche tradition fut le fleuron de l&#8217;esprit éclairé de l&#8217;humanité depuis le moyen-âge jusqu&#8217;à la renaissance. Mais elle fut aussi à l&#8217;origine d&#8217;un mouvement d&#8217;expansion géographique depuis son foyer d&#8217;origine dans la péninsule arabique, mouvement multidirectionnel aux déplacements rapides, aux victoires fulgurantes, qui assimilait ou annihilait inexorablement les populations envahies. Si les traditions juives et chrétiennes ont connu depuis une cinquantaine d&#8217;années, des éclairages essentielles dans la compréhension de leurs origines, ce n&#8217;est pas le cas de  l&#8217;Islam. De plus en plus de travaux s&#8217;attellent à éclairer cette origine comme ceux de Geneviève Gobillot, mais ils demeurent le plus souvent confidentiels. Ils sont également largement débattus par les spécialistes qui ne sont pas tous d&#8217;accord. Le grand mérite du roman de Barouk Salamé est de proposer, par le truchement d&#8217;une intrigue policière, une réflexion argumentée sur ses origines.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><img title="Le testament syriaque chez Rivages" src="http://lejardindepierre.free.fr/wordpress/images/testamentsyriaque.jpg" alt="Un roman dans la lignée du Nom de la rose" width="400" height="602" /><p class="wp-caption-text">Un roman dans la lignée du Nom de la rose</p></div>
<h4 style="text-align: justify;">L&#8217;intrigue</h4>
<p style="text-align: justify;">Paul Mesure est un journaliste qui signe, depuis les attentats du 11 septembre, des papiers sur l&#8217;Islam. C&#8217;est un autodidacte &#8220;démerde&#8221;, qui sait se sortir de situations risquées, surtout lorsqu&#8217;il travaille sur des ramifications de l&#8217;Islam radical. A la suite d&#8217;un service rendu à Tombouctou à une compagne qui lui sert aussi de guide, il négocie avec elle un manuscrit dans la bibliothèque de son père. Ce vieil érudit possède une très riche bibliothèque. A son insu, alors qu&#8217;il cherche simplement un manuscrit qu&#8217;il pourra négocier très cher dès son retour en France, il ramène un livre mythique puisqu&#8217;il s&#8217;agit du testament que le Prophète aurait dicté durant son agonie.<span id="more-1059"></span> Tout se gâte lorsque Paul Mesure décide de le faire expertiser en en divulguant quelques pages. Le texte est écrit en syriaque, la langue commerciale de l&#8217;époque, similaire à ce qu&#8217;est l&#8217;anglais aujourd&#8217;hui. Les meurtres se multiplient alors autour de ce journaliste. Un policier, Serge Sarfaty, spécialiste de l&#8217;Islam, est chargé de l&#8217;enquête. Le départ de l&#8217;intrigue est donc proche de celle du <em>Nom de la rose</em> d&#8217;Umberto Eco, puisqu&#8217;il y était question d&#8217;un manuscrit d&#8217;Aristote portant sur la comédie, manuscrit mythique dont l&#8217;existence à fait rêver de nombreux philosophes.</p>
<h4 style="text-align: justify;">Les personnages</h4>
<p style="text-align: justify;">Barouk Salamé déploie toute une palette de personnages très réalistes, tantôt inquiétants, tantôt séduisants, parfois de violents ignares, parfois de doctes héros, l&#8217;un irradie de sainteté et l&#8217;autre abîme son esprit dans une soumission à ses plus bas instincts sous couvert de soumission à Dieu. L&#8217;histoire est riche de multiples rebondissements entre la police et les manoeuvres du journaliste pour lui échapper, avec l&#8217;intervention des services secrets français, américains et des réseaux pakistanais. Tissés de multiples intrigues qui toutes convergent vers ce manuscrit, Barouk Salamé distille une vision de l&#8217;Islam qui est tout sauf simpliste. Chaque personnage en offre une compréhension particulière, et au final le lecteur ne peut qu&#8217;être éblouit par toute la richesse de cette tradition capable de susciter le dévoilement des coeurs comme le fourvoiement des esprits. L&#8217;auteur écrit sous couvert d&#8217;un pseudonyme, couverture sans doute souhaitable pour exprimer librement l&#8217;amour qu&#8217;il porte à l&#8217;Islam tout en soulignant ses dérives sectaires. Dérives qui ne sont d&#8217;ailleurs pas seulement de la responsabilité de l&#8217;Islam.</p>
<p style="text-align: justify;">Les personnages du roman discutent beaucoup, chacun y exprime a sa manière son amour et sa crainte de Dieu. Sarfaty se fait souvent le pragmatique défenseur d&#8217;une vision éclairante de l&#8217;Islam, lorsque le préfet lui demande : &#8220;il faudrait tout de même nous expliquer pourquoi le courant sectaire est si puissant chez les musulmans&#8221;, le commissaire lui répond : &#8220;ce sont le pétrole et les puissances occidentales qui sont responsables de cette anomalie. L&#8217;ironie de l&#8217;histoire, c&#8217;est que La Mecque a été inventée pour fixer les Bédouins nomades en Arabie. Mais en laissant la famille Saoud s&#8217;emparer de La Mecque et de Médine, former le royaume de l&#8217;Arabie Saoudite, en sauvant trois ou quatre fois l&#8217;existence de cette monarchie xénophobe, la France et l&#8217;Angleterre, les USA et l&#8217;URSS ont permis aux Saoud d&#8217;utiliser leur richesse pour répandre la doctrine wahhabite partout dans le monde&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au-delà de ces considérations géopolitiques, ce qui m&#8217;a le plus touché dans le roman de Barouk Salamé, ce sont ses nombreuses références à l&#8217;Islam des lumières. Rumi est souvent convoqué, ainsi qu&#8217;Iqbal, le père de la nation pakistanaise. La vision qu&#8217;offre Sarfaty du Prophète est emprunte d&#8217;une poésie transfigurante. Cette poésie est d&#8217;ailleurs incarnée par certains personnages comme Ali, jeune musulman qui porte sur le monde un regard tendre et détaché. Il lit dans les coeurs avec équanimité, sans jugement, ses actes ressemblent au souffle d&#8217;une brise. Pourtant si léger qu&#8217;ils puissent paraître, ils sont à plusieurs reprises décisifs. Ce n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas tant ce qu&#8217;il fait que ce qu&#8217;il inspire qui est décisif.</p>
<p style="text-align: justify;">Le personnage de Bénazir Gurazi est très complexe. En lisant, j&#8217;ai oscillé longtemps, entre la crainte et l&#8217;adhésion. C&#8217;est une femme très belle, très intelligente, très dangereuse aussi. Bien qu&#8217;elle soit une femme de conviction, elle louvoie entre un idéalisme garant d&#8217;une innocente sans cesse active, et un pragmatisme teinté parfois de lassitude qui la rend opportuniste. Elle ne craint pas les corps-à-corps qu&#8217;ils soient belliqueux ou amoureux, mais le regard des hommes, chez qui elle suscite du respect dû à son autorité, peut parfois la déstabiliser. Avec Sarfaty, ils forment un couple qui met en mouvement toute l&#8217;histoire.</p>
<h4 style="text-align: justify;">Pour conclure</h4>
<p style="text-align: justify;">Le livre a reçu un accueil très favorable de la part de tous les lecteurs avec qui j&#8217;ai pu partager des impressions. Chacun a apprécié de plonger dans une série d&#8217;intrigues qui révèle l&#8217;histoire originelle de l&#8217;Islam et son ancrage dans la tradition judéo-chrétienne, et d&#8217;autre part l&#8217;importance ce cette histoire revêt encore aujourd&#8217;hui pour toute la communauté de croyants musulmans. Communauté soudée et fervente, que Barouk Salamé décrit amoureusement et lucidement. Et chaque lecteur au final le remercie en son for intérieur pour les heures passées en la compagnie de son écriture.</p>
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